La distance entre l’image et le corps

Si les industries de l’image proposent des modèles de corps, c’est qu’il existe un décalage entre les corps que la majorité des individus possèdent et l’idéal présent dans les médias. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les personnes qui servent de modèle dans les magazines et les publicités télévisées ou sur Internet. Même les dessins animés destinés aux enfants sont la plupart du temps truffés de modèle de corps irréalistes.

Des corps féminin hors d’accès modelés par les magazines

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Cette distance entre les corps possédés et ceux présentés comme désirables exerce une tension et des frustrations chez les individus. Cette tension est vécue de différente manière pour chacun, et ce, pour des raisons diverses. Cependant, outre la frustration que cet écart engendre, l’image de perfection inatteignable aliène les gens, en grande partie de manière inconsciente, pour qu’ils orientent leur comportement afin de ressembler à des émulations imparfaites du modèle.

La pression collective au corps en santé et performant

Cette relation à l’image d’un corps idéal est simultanément composée d’amour et de haine, dont les proportions varient pour chaque individu. Parce qu’elle existe par l’esprit, cette image semble la référence sur un réel qui est impossible à atteindre. Par le fait même, cette référence devient aussi inaltérable, de là sa dimension aliénante.

À ce sujet, Le Breton ajoute que « les images consolent de l’impossibilité de se saisir du monde1 ». Prises dans leur globalité, les images du corps véhiculées par les médias, et grandement nourries par les nombreuses cultures populaires, sont justement caractérisées par une relation ambiguë d’un type amour/haine, parce qu’elles correspondent à des archétypes déjà présents dans l’esprit des gens. Ces mythes et ces archétypes présents dans la sémantique des images semblent « surgir à la manière de réminiscences involontaires, ce qui est le propre des images appartenant à l’inconscient2 ».

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Ce n’est donc pas une surprise si les images et les vidéos romancées influencent et prennent le pas sur la réalité. Cela signifie que les gens qui font leur l’interprétation romancée proposée dans certains médias préféreront les visions du monde préalablement romancées ou s’affaireront à modifier leur vision de la réalité, voir même être dans le déni, pour assurer la cohérence avec leur référence morale toujours romantique.

Le corps qui transpire, le corps qui exsude la souffrance, renvoie l’image d’un corps en santé

Ainsi, les parcours biographiques romancés par les films et déformés par la mémoire historique prennent des largesses avec la réalité vécue35. L’image du corps parfait est ici inséparable du mythe du héros : la personne qui subit une transformation pour atteindre les valeurs prônées par son groupe d’appartenance. Une telle interprétation de la réalité force la réécriture virtuelle de ce qui a été vécu et de ce qui est désiré comme expériences futures.

Références
1 Le Breton, D. (2003), Anthropologie du corps et modernité , Paris : Éditions Quadrige / Presses Universitaires de France, p. 204.
2 Aknin, L. (2015), Star Wars ; Une saga, un mythe, Paris : Éditions Vendémiaire, p. 193.

© Olivier Bernard (Ph. D.), sociologue, 2018


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