Faire un documentaire, le défi de l’image

Faire un documentaire n’est pas si simple qu’il y paraît, surtout dans une société dominée par l’image.

Doit-on tout faire en son possible pour obtenir l’image la plus léchée possible ? Comment filmer les intervenants ? Comment interagir avec les participants au documentaire ? Que doit-on tourner pour appuyer les propos des intervenants ? Autant de questions auxquelles il est non seulement difficile de répondre, mais surtout qu’il existe plusieurs types de réponses en fonction du contexte du documentaire et de son propos.

Doit-on tout faire en son possible pour obtenir l’image la plus léchée possible ? Personnellement, étant donné que je fais de la sociologie filmique (comprendre le vécu des gens), je préfère, et de loin, ne pas obtenir une image léchée et sans aspérités. Pourquoi ? Parce que la vie est pleine d’aspérités, qu’elle est granuleuse, qu’elle est imparfaite, et qu’elle est même souvent rugueuse.

Tourner un documentaire dans lequel se retrouvent des gens confrontés à des problèmes de différentes natures, ce n’est surtout pas tourner une pub pour Chanel — exigence de perfection dans le rendu de l’image — ou filmer une scène pour un blockbuster — exigence de la précision dans le rendu global de l’image. Tourner un documentaire, c’est avant tout capter la vie.

Et si tourner un documentaire c’est avant tout capter la vie, c’est que le documentaire ne souffre pas la mise en scène. On ne peut pas « stager » ce que les gens vivent, autrement l’auditeur repérera rapidement l’astuce.

Comment filmer les intervenants ? Il n’y a que deux façons de filmer un intervenant pour un documentaire : en mode « tête parlante » statique (plan fixe) et en mode « tête parlante » dynamique (plan séquence plus ou moins court où l’on suit l’intervenant).

Comment interagir avec les participants à un documentaire ? On les laisse parler et discourir. Il faut éviter de les orienter sur une piste précise. Pourquoi ? Tout d’abord parce que s’il y a une personne qui est apte à parler du sujet qui la préoccupe, c’est bien cette personne. En orientant le moins possible un intervenant, on obtient ainsi du matériel à l’« état brut ». Autrement dit, du bon matériel et du moins bon matériel. Ne jamais oublier qu’un documentaire est avant tout un collage de ce que l’on pense être le plus approprié pour livrer un message.

En obtenant les propos de plusieurs intervenants, on peut, par la suite, lors de la scénarisation du documentaire avant montage, confronter les propos. Et c’est là où joue toute la magie du montage, car elle révèle différents points de vue. Et c’est bien là le but d’un documentaire, présenter différents points de vue afin que l’auditeur se fasse sa propre idée.

Que doit-on tourner pour appuyer les propos des intervenants ? Tout ce qui peut appuyer le propos. Immédiatement après le tournage avec l’intervenant, il est impératif de capter autant que faire se peut des séquences issues du contexte dans lequel on tourne. En fait, la plupart du temps, je tourne avant l’arrivée de l’intervenant et après son départ. On n’a jamais assez de matériel, Et le fait de tourner avant tout comme de tourner après permet de choisir au montage ce qui convient le mieux pour appuyer les propos de l’intervenant.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue-cinéaste, 2019

 

 

 

 

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