Écologisme, une base commune de discussion

  Du succès de l’écologisme 
Une base commune de discussion

Afin de disposer d’une base commune de discussion, il importe de préciser le vocabulaire qui sera utilisé dans cet essai. Le fait de disposer d’un vocabulaire précis à partir duquel le lecteur et le chercheur peuvent se comprendre et s’entendre l’un l’autre, c’est-à-dire un genre d’entente tacite, vise avant tout à éviter les dérives de la part de l’un ou l’autre camp. Ce faisant, si le lecteur entreprend de réfuter les arguments du chercheur, il doit le faire sur cette base commune de discussion, tout comme le chercheur doit se soumettre à la même exigence. Partant de là, je propose au lecteur les définitions suivantes.

L’écologie est « la science globale des relations des organismes avec leur monde extérieur environnant dans lequel nous incluons au sens large toutes les conditions d’existence[1]. » L’écologie se veut donc la science de l’environnement, où le terme environnement désigne ici l’interaction entre la société et la nature au sens le plus général du terme.

L’écologue se distingue de l’écologiste, dans le sens où il est avant tout détenteur d’un savoir d’ordre scientifique et d’un savoir-faire d’ordre expérimental et technique. En théorie, l’écologue a un devoir de réserve scientifique et ne devrait pas se constituer comme partie prenante au débat politique environnementaliste, mais devrait, comme tout scientifique, éclairer le débat public concernant l’environnement sans prendre position à l’aide de faits avérés.

L’écologisme, ou écologie politique, est « un courant de pensée tendant au respect des équilibres naturels et à la protection de l’environnement contre les nuisances de la société industrielle[2]. » L’écologisme est donc stricto sensu une idéologie, c’est-à-dire « un discours portant sur les faits et les valeurs et cherchant à obtenir le soutien des populations pour entériner tel ou tel choix collectif[3]. » Spécifiquement, « la thématique écologiste se construit d’abord, dans son origine comme dans sa tonalité et son apparence, comme une critique fondamentale de la société industrielle et de ses aspects productivistes, technocratiques et de consommation[4]. » Elle est donc une critique en bonne et due forme des modes de production issus de la Révolution industrielle, remettant en cause les fondements du capitalisme, de ses objets et de ses méthodes.

L’écologiste est celui qui adhère aux valeurs proposées par l’écologisme. Cette adhésion peut se traduire soit par une mise en pratique toute personnelle de comportements et attitudes hygiénistes ou sanitaires destinés à sauver la planète, soit par une certaine forme de prosélytisme visant à convaincre ses semblables d’adhérer aux valeurs de l’écologisme, soit par son implication citoyenne dans la collectivité. Dans les deux cas, soit en privé, soit en groupe, il s’agit d’afficher sa conviction environnementaliste.

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, créé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), a pour mission « d’évaluer et de synthétiser, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique nécessaires à la bonne compréhension des fondements scientifiques des risques liés au changement climatique d’origine anthropique. Il étudie précisément les conséquences possibles de ce changement et envisage des stratégies d’adaptation au changement climatique ainsi que d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Ses évaluations sont fondées sur des publications scientifiques et techniques dont la valeur scientifique est largement reconnue. » Dans ses statuts, rédigés par l’UNEP (United Nations Environment Program), il est demandé au GIEC de travailler sur le « Réchauffement Climatique Anthropique ». Comme tout travail d’ordre scientifique, il s’agit dès lors pour le GIEC d’infirmer, de nuancer ou de confirmer cette ligne directrice de recherche.

Le climatosceptique désigne généralement une personne qui n’adhère pas aux valeurs véhiculées par l’écologisme et qui a des doutes quant à l’incidence de l’activité humaine sur le réchauffement climatique, car il considère que ce dernier est à la fois cyclique et d’ordre naturel. Pour le philosophe et sociologue Brian Wynne, « le succès des sceptiques repose sur la façon même dont est posée la question politique, avec la science placée au centre […] Paradoxalement, cela se produit quand la science atteint sa plus grande influence politique, qu’elle ne se contente pas de produire des faits, mais qu’elle définit le sens politique des problèmes[5]. » Et c’est bien cette position de la science dans le politique qui donne au climatosceptique la possibilité de remettre en cause les données scientifiques produites par les écologues et de s’en prendre aux thèses des écologistes.

  Du succès de l’écologisme 
© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

[1] Ramade, F. (2003), Éléments d’écologie – écologie fondamentale, Paris : Dunod, p. 2.
[2] Matagne, P. (2003), « Aux origines de l’écologie, Innovations », Cahiers d’économie de l’innovation, n° 18, p. 31.
[3] Dumont, L. (1985), Essais sur l’individualisme. Une perspective anthropologique sur l’idéologie moderne, Seuil : Paris, p. 16.
[4]Le Prestre, P. (2005), Protection de l’environnement et relations internationales – les défis de l’écopolitique mondiale, Paris : Armand Colin.
[5]Wynne, B. (2010), « Strange Weather, Theory, Culture & Society », Sage Journal, vol. 27, n° 2-3, p. 289-305.