Écologisme, le succès d’une idéologie

Du succès de l’écologisme 

Introduction

La sociologie n’est pas une science exacte, et elle n’en sera jamais une. Cependant, si le sociologue est en mesure de proposer une grille d’analyse efficace de certains phénomènes sociaux, et si cette grille permet de mieux expliquer lesdits phénomènes, et si, en plus, elle peut être réutilisée par d’autres chercheurs, et que ces derniers arrivent à des résultats similaires, il y a là une exigence scientifique respectée, à savoir la reproductibilité. La grille d’analyse proposée dans cet essai que nous vous proposons peut donc être appliquée à différents phénomènes sociaux qui ont cette propension à devenir des discours dominants et mobilisateurs. D’ailleurs, je l’ai appliqué lors de la rédaction de ma thèse de doctorat au domaine de l’obésité et le résultat fut somme toute probant et éclairant.

Avec un sujet aussi sensible que le réchauffement climatique, la grille d’analyse ici proposée risque de heurter autant les tenants des thèses de l’écologisme que les climatosceptiques. Les écologistes diront peut-être que l’analyse proposée joue en faveur des climatosceptiques, car je décris comment s’articule le discours de l’écologisme, ce qui permettrait aux climatosceptiques de fourbir leurs propres arguments, alors que les climatosceptiques diront, avec raison, qu’en mettant à jour comment fonctionne le discours de l’écologisme, je leur offre sur un plateau d’argent tous les arguments voulus pour que l’écologisme triomphe.

Et l’écologisme a bel et bien triomphé, car il a réussi à mobiliser à la fois les individus et les institutions ; il est devenu un fait social total. Cependant, comme le soulignait la démographe Michèle Tribalat, « On ne peut évaluer la validité d’un résultat [l’écologisme] à la satisfaction idéologique qu’il procure. Ce qui compte, c’est la manière dont il a été élaboré et non le succès qu’il remporte auprès de tel ou tel segment de l’opinion publique. […] Par ailleurs, je suis d’une incorrigible curiosité et commencer une recherche avec l’idée de contrarier les perceptions communes constitue, à mon avis, le plus mauvais point de départ[1]. »

En ce sens, je suspecte qu’il s’agit là de la raison pour laquelle je risque d’être mal considéré autant par un camp que l’autre. En fait, ce que je recherche, c’est comment le discours de l’écologisme a été élaboré et non le succès qu’il a remporté auprès de tel ou tel segment de l’opinion publique. De plus, il est fort possible que chacun des deux camps considérera éventuellement que j’ai bel et bien chercher à contrarier les perceptions communes, alors que, bien au contraire, j’ai avant tout chercher à exposer les faits.

Le but de cet essai ne consiste pas à prendre position pour l’écologisme ou le climatoscepticisme, mais à démontrer comment le discours de l’écologisme fonctionne et comment il est parvenu à devenir un fait social total, autrement dit, comment a-t-il pu avoir autant de succès. C’est là le fondement même de la recherche sociologique, comprendre comment se structurent les phénomènes sociaux au fil du temps.

Du succès de l’écologisme

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

[1] Reichstadt, R. (2019 [23 mai]), L’idée de ‘grand remplacement’ évoque l’effondrement d’un univers familier que vit une partie de la population, Causeur, URL : https://www.causeur.fr/grand-remplacement-tribalat-camus-161610.