Climat, le temps n’est plus aux débats

  Du succès de l’écologisme 

Le temps n’est plus aux débats

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, dans le cas de l’écologisme, les médias adopteront une fin de non-recevoir en avançant l’idée que la science a statué sur le sujet du réchauffement climatique et qu’il n’est désormais plus question de présenter les thèses opposées. En 2015, le journaliste scientifique Yanick Villedieu, de Radio-Canada, déclare à l’émission Désautels le dimanche, qu’à l’image « d’autres publications de vulgarisation scientifique, l’équipe des Années lumière a fait le choix de ne plus donner la parole aux climatosceptiques[1] ». Comme le souligne la journaliste Sophie-Andrée Blondin de Radio-Canada, « Chaque fois qu’on parlait de climat, un rédacteur en chef nous demandait pourquoi nous n’avions pas parlé à un climatosceptique […]. Pas parce qu’on ne croyait pas aux changements, mais par souci d’équilibre. Cette période est maintenant révolue[2]. » Il est on ne peut plus clair que le temps des débats est terminé.

Pourquoi entendre un climatosceptique s’il y a consensus à propos des changements climatiques ? À ce titre, le 2 juin 2019, Radio-Canada publiait un article dont le résumé ne laisse aucun doute sur cette période révolue, où tout événement climatique est désormais systématiquement lié au dérèglement climatique, où l’urgence climatique s’impose, où l’effondrement climatique n’est qu’une question de temps : « La terre disparaît sous leurs pieds. Le vent emporte leurs maisons. Les eaux inondent leurs champs. Au Bangladesh, des millions de personnes sont contraintes à la migration en raison du dérèglement climatique. […] Alors qu’au Canada, les impacts du dérèglement du climat semblent parfois appartenir à un avenir lointain, là-bas, ils laissent déjà de profondes cicatrices[3]. »

En France, le lundi 6 mai 2019, Claire Nouvian, pro-environnement avouée, candidate aux élections européennes sur la liste PS-Place publique, est l’invitée de L’Heure des pros, une émission de débat animée par Pascal Praud sur CNews. Sur le plateau se trouve aussi, notamment, l’éditorialiste du magazine conservateur Causeur, Elisabeth Lévy[4]. Le thème proposé est le changement climatique. S’ensuit une discussion agitée, au cours de laquelle Claire Nouvian accuse M. Praud et Mme Lévy de se prêter à du climatoscepticisme en remettant en cause les avancées scientifiques. « Les climatosceptiques, ils n’ont pas le droit de parler quand on fait une émission ? », interroge alors Pascal Praud. « Le mot “sceptique” en science n’est pas une insulte, au contraire c’est une vertu », lance de son côté Elisabeth Lévy. Claire Nouvian rétorque alors en disant : « Je pense qu’il y a un consensus sur la réalité du changement. Sur ses causes et sur son évolution, non. Mais vous êtes rétrograde ! […] Mais vous êtes dingue ! [Il faudrait vous] cultiver scientifiquement. » Le jeudi suivant, Claire Nouvian lançait une pétition : « Nous demandons au Conseil supérieur de l’audiovisuel d’appliquer dorénavant son mandat de “protection de l’environnement et de la santé humaine” […]. Le CSA doit rappeler les chaînes à leurs responsabilités : si le débat scientifique est légitime, les médias audiovisuels ne doivent pas servir de tribune à la négation du réchauffement climatique qui est un fait avéré[5]. »

Ces quelques épisodes peuvent sembler anecdotiques, mais ils ne le sont pas du tout. Ils sont représentatifs d’une tendance qui a son propre vocable, le « négationnisme climatique ». Ce vocable n’a rien d’anodin, car il ne sert pas à dénoncer ceux qui contestent le réchauffement climatique, mais sert bel et bien à disqualifier ceux qui ne pensent pas dans le sens des thèses proposées par l’écologisme quant aux causes du réchauffement climatique.

Du succès de l’écologisme

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019
© Photo entête, Brad Zarnett

[1] Radio-Canada (2015), Dehors les climatosceptiques, URL : https://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2014-2015/chronique.asp?idChronique=373481.

[2] Lopez, A. (2018 [5 décembre]), Les climatosceptiques ont-ils encore leur mot à dire ?, L’actualité, URL : https://lactualite.com/societe/les-climatosceptiques-ont-ils-encore-leur-mot-a-dire/.

[3] Bérubé, M., Bourdeau, L.-P., Carpentier, C. (2019 [2 juin]), Fuir ou résister : sur la ligne de front des changements climatiques, Radio-Canada, URL : https://ici.radio-canada.ca/info/2019/06/bangladesh-changements-climatiques-erosion-cyclone/.

[4] Rouquet, A. (2019 [10 mai]), Face aux « climatosceptiques » de la télé, l’écologiste Claire Nouvian en appelle au CSA, Le Monde, URL : https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2019/05/10/face-aux-climatosceptiques-de-cnews-l-ecologiste-claire-nouvian-en-appelle-au-csa_5460515_3236.html.

[5] Idem.

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