Climat, rallier tout le monde face à la menace

  Du succès de l’écologisme 

Rallier tout le monde face à la menace climatique

Que faut-il retenir de ce qui fonde l’écologisme ? Tout d’abord, avec l’événement majeur que fut l’explosion de la première bombe atomique, certaines personnes prennent conscience de la capacité destructrice de l’homme, ce démiurge qui aspire à faire de la nature son œuvre. L’humanité serait universellement et ontologiquement destructrice dont il faudrait réfréner les ardeurs afin de sauver la planète.

Si l’homme veut soumettre la nature ou la détruire, c’est forcément qu’il ne vit pas en harmonie avec celle-ci, d’où le mariage idéologique entre, d’une part, une nature sauvage à préserver, et d’autre part, une volonté affirmée de vivre en harmonie avec la nature. Il y a donc un âge d’or à retrouver où l’humanité vivait en harmonie avec la nature.

Deux courants majeurs seront convoqués pour construire le discours de l’écologisme : la thèse malthusienne voulant que les ressources disponibles, limitées par définition, ne croissent que de façon arithmétique et; le gouvernement de soi, cet ensemble des attitudes et comportements personnels normés aux fins du vivre ensemble.

Un levier psychologique d’une grande efficacité sera utilisé pour appuyer la thèse malthusienne et la gouvernement de soi, soit celui de l’horizon de la peur. En jouant sur le fait que l’être humain a une aversion naturelle envers la variabilité et l’incertitude, et qu’il a, dans le même temps, une forte tendance à préférer la stabilité et la certitude, le discours de l’écologisme mettra l’accent sur la variabilité et l’incertitude face à l’épuisement des ressources naturelles, la dégradation de l’environnement et le dérèglement climatique.

En appuyant plus fortement sur la variabilité et l’incertitude à cause de la déplétion des ressources naturelles et de la dégradation de l’environnement, il sera dès lors tout à fait légitime de faire appel à l’individu afin qu’il se soumette à ses quatre devoirs écologiques pour sauvegarder l’environnement : devoir d’équilibre, devoir d’attention, devoir d’effort, devoir de maîtrise et de restriction. Ce gouvernement de soi écologique devient la pierre angulaire de la stratégie environnementaliste : le salut de tous passe obligatoirement par le salut de l’un.

En somme, le discours de l’écologisme est parvenu à fédérer deux grands concepts, thèse malthusienne et gouvernement de soi, en utilisant un levier psychologique de grande portée sociale, l’horizon de la peur. Si, au départ, dans les années 1960, c’est surtout le thème de la dégradation des écosystèmes qui a été mis de l’avant, c’est graduellement celui du climat qui a pris le dessus et qui a par la suite fédéré tout le discours de l’écologisme.

En fait, il fallait que le discours de l’écologisme fasse appel à un universel ontologique — le climat — plutôt que plusieurs menaces dispersées tout aussi différenciés les unes des autres ; on ne peut rallier tout le monde à toutes les petites menaces environnementales qui sévissent un peu partout à la surface de la planète, mais il est possible de rallier tout le monde à une menace planétaire, le climat — tous, sans exception, sont affectés à un degré ou l’autre par le climat.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

Du succès de l’écologisme

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