L’écologisme peut-il freiner l’élan du progrès ?

  Du succès de l’écologisme 

L’écologisme peut-il freiner l’élan du progrès ?

Peut-on arrêter le progrès ou du moins en ralentir la cadence pour éviter que le pire ne se produise ? En fait, la question n’a aucun sens, pour la simple raison que, depuis le Siècle des Lumières, le progrès nous a montré là où il peut nous conduire : vers des conditions de vie de moins en moins contraignantes. Difficile de contester le fait que le niveau de vie, depuis le XVIIIe siècle, n’a cessé de s’améliorer. Autrement, comment ne pas laisser le progrès s’autogérer lui-même, car comment est-il possible d’affirmer que telle ou telle technologie ne nous sera pas éventuellement d’une quelconque utilité ?

Cette profession de foi envers la puissance du progrès a largement contribué à installer l’idée, et parfois même la croyance, que tout effort pour restreindre la recherche scientifique ou le développement technologique sur la base de questions strictement éthiques représenterait une menace pour le progrès. Pour certains, restreindre le progrès ou en ralentir sa cadence, c’est laisser la porte grande ouverte à d’autres nations qui elles, n’auront pas les mêmes scrupules, et s’appliqueront avec ardeur à accélérer leur propre progrès, laissant notre propre nation dans une situation désavantagée.

Ces deux constats méritent considération, parce qu’ils nous permettent de comprendre pourquoi la notion d’éthique en matière de science et de technologie devient une question qui permet à deux camps souvent opposés, sciences naturelles et sciences humaines, entrepreneurs et écologistes, de se rencontrer et de discuter sans pour autant que les choses ne changent vraiment, sauf pour obtenir des subventions de recherche, pour publier dans des revues spécialisées qui ne s’adressent qu’à un petit groupe d’initiés, pour assister à des congrès qui traitent de « l’éthique de… ». D’ailleurs, l’arrivée du bioéthicien sur la scène, dans la foulée de la naissance, en juillet 1996, de la brebis clonée Dolly, est symptomatique de la montée des problèmes moraux posés par les manipulations génétiques et les biotechnologies.

Malgré tout, malgré toutes les discussions éthiques autour de l’acceptabilité ou non de tel ou tel projet de recherche, de telle ou telle technologie, il n’en reste pas moins que, depuis le Siècle des Lumières, nous avons collectivement passé un contrat social tacite avec la recherche et le développement : la liberté en matière de recherche est le gage d’un mieux-être pour tous.

Et plus la recherche confirme, par ses réalisations et ses découvertes, que le mieux-être est effectivement au rendez-vous, moins nous sommes collectivement enclins à remettre en question ce contrat social.

Certes, les écologistes, à travers leurs interventions, depuis 1960, ont réussi à infléchir certaines décisions politiques quant à l’utilisation de certains produits, techniques ou technologies, mais ils ne sont jamais parvenus à rendre caduc ce contrat qui existe entre la société et la recherche. Tout ce qu’ils ont réussi à faire, ce n’est même pas de ralentir la recherche et le développement, mais d’amener la recherche à trouver d’autres façons de faire.

C’est ici, comme le pensent les écologistes, qu’il faut se rappeler d’Arthur Schopenhauer : le pire est toujours certain de se produire…

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

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