Le défi de l’écologisme face au progrès

  Du succès de l’écologisme 

Le défi de l’écologisme face au progrès

Quand Condorcet discoure sur la possibilité d’une extension indéfinie du progrès, il entrouvre la porte à des changements radicaux en ce qui concerne l’existence humaine elle-même. Mais dans quelle mesure entrouvre-t-il cette porte ? À mon avis, et cet avis n’engage que moi-même, il l’a à demi entrouverte. En fait, Condorcet a avant tout considéré le progrès comme un événement qui peut être choisi, c’est-à-dire ne plus être à la merci des aléas de la nature et d’avoir un total contrôle sur celle-ci.

Cette limite que pose Condorcet ne peut satisfaire les écologistes, car elle outrepasse largement ce que l’être humain serait autorisé à faire subir à la nature. En fait, les écologistes ont la ferme conviction que leurs idées et leurs propositions représentent le progrès. Non pas le seul progrès technologique, mais le progrès de l’humanité tout entière qui réaliserait enfin son plein potentiel en ne saccageant plus la planète.

Lorsque Condorcet parlait de progrès, il parlait aussi de progrès moral. Certes, pour les écologistes, protéger la planète est un devoir moral. Si l’utilisation adéquate de certaines technologies permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre, diminuant d’autant les impacts d’un réchauffement climatique qui serait inévitable, il est moral d’utiliser ces technologies.

À ce titre, il n’y a qu’à considérer le discours de l’astrophysicien Carl Sagan à propos des civilisations extraterrestres pour se rendre compte qu’elles auraient évolué à un point tel, après avoir survécu à leur adolescence technologique, qu’elles seraient d’une sagesse incommensurable et pourvues d’une moralité à toute épreuve, capables de vivre en harmonie avec leur environnement. Les écologistes sont calés dans cette logique.

Affirmer qu’il y aura progrès et mesurer l’évolution du progrès sont deux choses fort différentes, pourvu qu’on puisse seulement imaginer que le progrès puisse être mesuré. Et s’il fallait mesurer le progrès, en fonction de quels critères faudrait-il le faire ? Faut-il le mesurer à l’aune de notre ébahissement ou de notre désenchantement en fonction de l’état dans lequel il est présentement, ou bien faut-il le mesurer en fonction de ce qu’il pourrait être ? Faut-il mesurer le progrès en fonction de ce qui serait susceptible de déraper ?

En ce sens, les écologistes ont déjà mis au point un outil, le Principe de précaution, qui leur permet non pas de mesurer si telle ou telle technique sera ou non dommageable, mais bien de mesurer quel laps de temps ils ont devant eux pour empêcher l’application de telle ou telle technologie. Le seul fait d’envisager la question du progrès sous cet angle nous oblige à adopter une démarche en trois temps :

  1. il suffit de dire à quel point nous sommes fiers d’avoir mis au point une quelconque technologie plus efficace que toutes les précédente ;
  2. il faut recenser ce que nous savons présentement à propos de cette nouvelle technologie et spéculer sur ce que nous ignorons totalement à propos de celle-ci ;
  3. il faut tenter d’anticiper les futures découvertes qui pourraient éventuellement découler de l’introduction de cette technologie, tout en mettant dans la balance ce qui pourrait ou non mal virer.

Il y a peut-être là le début d’une véritable mesure du progrès pour les écologistes.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

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