Les moments fondateurs de l’écologisme

  Du succès de l’écologisme 

Les moments fondateurs de l’écologisme

Les publications, qu’elles soient le fait de ceux qui adhèrent au discours ou le fait de chercheurs et de scientifiques, deviennent, au fil du temps, le socle littéraire sur lequel se construit et s’appuie graduellement le discours pour persuader. Sans quelques publications phares, qui deviendront les textes fondateurs, il serait impossible de fonder et d’articuler le discours. Par exemple, la publication, en 1962, par Rachel Carson, du livre Silent Spring, marquera la fondation de la littérature environnementaliste. Ici, ce n’est plus seulement l’arme atomique qui menace de détruire la vie, mais bien les pesticides qui ont exactement le même effet, mais sur le long terme.

En 1968, le livre The Population Bomb de Paul Ehrlich, truffé de catastrophes planétaires, sera un véritable succès — plus de 32 rééditions, un million de copies vendues en l’espace de 2 ans, pour un total cumulé de 2 millions en 1974, surpassant et de loin le livre Silent Spring de Rachel Carson[1]. Avec The Population Bomb, c’est la logique de l’alarmisme qui se met définitivement en place et qui n’aura de cesse de se réactualiser sous différentes formes jusqu’à aujourd’hui. Autrement, le documentaire An Inconvenient Truth d’Al Gore et les documentaires de l’écologiste Yann Arthus Bertrand seront d’autres jalons qui viendront enrichir la littérature environnementaliste.

Les think tanks, au-delà de leur fonction de diffuser les valeurs proposées par l’idéologie fédératrice, ont essentiellement pour mission de mettre en forme, de structurer, et d’articuler le message. Dès le début de l’âge écologique, dès le milieu des années 1960, différents organismes veilleront à ce que ce travail soit effectuée avec diligence. Bien que mis sur pied en 1892, le Sierra Club, un organisme dédié à la protection des milieux naturels, s’insérera tout naturellement dans cette mouvance naissante.

Le Club de Rome, fondé en 1968, publie en 1972 son premier rapport intitulé The Limits to Growth — ici, c’est toute la notion du développement durable qui commence lentement à s’articuler. Avec des organismes comme Greenpeace (1971), issu du mouvement antinucléaire Don’t Make a Wave, le World Wide Fund (1961), Sea Sheperd (1977), et bien d’autres, c’est toute une logique de la conscientisation à l’environnement dédiée au grand public qui se met en place à force de coups d’éclats et de campagnes de sensibilisation. Appuyée et alimentée par les différents courants de la contre-culture hippie, la mouvance écologiste trouvera rapidement un bassin de disciples prêts à défendre la cause.

Les médias, pour leur part, sont une incontournable courroie de transmission aux fins de diffusion des thèses d’une idéologie fédératrice. Toutefois, ils doivent être convaincus de l’intérêt du public pour les thèses qu’elle propose, c’est-à-dire qu’elles doivent être susceptibles de faire tourner les presses, de faire de l’audimat et de vendre plus de publicité (ancien modèle des médias de masse). Une fois convaincus de la portée sociale et financière des thèses d’une idéologie fédératrice, la logique propre aux médias s’active, c’est-à-dire qu’il se crée tout d’abord une unanimité sur le sujet dans presque tous les médias de masse. De là, la surinformation à propos d’un thème doit devenir ce par quoi passe le message. Même si le thème change avec le temps, cela n’a pas d’importance, l’idée directrice étant de marteler le message — depuis les années 1960, les médias sont passés de la pollution (1960), au trou dans la couche d’ozone (1970), au développement durable (1980), au gaz à effet de serre et au réchauffement climatique (1990), aux changements climatiques (2000), au dérèglement climatique (2014), à l’urgence climatique (2015), à l’effondrement climatique (2018). Peu importe les changements thématiques qui surviennent au fil du temps, les médias identifieront rapidement les coupables : l’activité humaine dans son ensemble, l’industrie, l’Occident, etc. Il y a donc, d’un côté, des méchants qui dégradent l’environnement, de l’autre, des gens qui s’évertuent à sauver la planète. Comme le souligne Dominic Champagne, ex-réalisateur du Cirque du Soleil, devenu activiste de la cause environnementale, « le [gouvernement] ne peut pas être propre d’une main et sale de l’autre main[2]. »

Dès les débuts de la mise en place de cette logique discursive de la part des médias, différents points de vue seront présentés pour équilibrer les positions. Les pour et les contre seront soupesés, mais plus le temps avancera, plus les tenants de l’idéologie fédératrice s’afficheront dans les médias à travers différentes interventions, moins les faits en opposition à celle-ci ainsi que la controverse scientifique seront rapportés par les médias de masse. Autrement dit, plus le temps avance, plus le discours médiatique se verrouille dans une position donnée.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

Du succès de l’écologisme

[1] Reed, S. O. (2008), The Publication of Paul Ehrlich’s The Population Bomb by the Sierra Club, 1968: Wilderness-Thinking, Neo-Malthusianism, and Anti-Humanism, Thesis for the requirements for the Degree of Bachelor of Arts, Wesleyan University.

[2] Radio-Canada (2019 [3 juin]), Changements climatiques : le Pacte lance sa consultation publique, URL : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1173350/changements-climatiques-pacte-environnement-consultation.

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