Les 4 devoirs environnementaux du citoyen responsable

   Du succès de l’écologisme 

Les 4 devoirs environnementaux du citoyen responsable

La morale environnementaliste se cale dans une logique de la contenance de soi et de la gouvernance de soi. Contenance de soi (l’individu par rapport à lui-même), dans le sens où chaque citoyen est convoqué à lutter contre la vacuité et l’inaction face à un capitalisme qui serait écologiquement destructeur. Gouvernance de soi (l’individu par rapport au collectif), dans le sens où le citoyen responsable doit être constamment en besogne pour faire changer lois et réglementations, et à s’assurer d’une activité prosélyte continue afin de convaincre le collectif du bien-fondé de la démarche de l’écologisme. Cette contenance de soi et cette gouvernance de soi forment ce qu’il est convenu d’appeler un gouvernement de soi  écologique (au sens de Michel Foucault), qui renvoie donc à la capacité du citoyen à établir un juste rapport entre la collectivité et la nature.

La contenance de soi ne peut que s’effectuer qu’à travers 4 devoirs : le devoir d’équilibre écologique, le devoir d’attention écologique ; le devoir d’effort écologique ; le devoir de maîtrise et de restriction écologique.

Devoir d’équilibre écologique, dans le sens où il est attendu de l’individu qu’il parvienne à trouver le juste équilibre entre sa consommation et l’impact négatif ou positif de celle-ci sur l’environnement, et ce, afin d’assumer adéquatement et efficacement le rôle social qu’il a à jouer en tant qu’individu qui a à cœur de sauver la planète. Par exemple, si un individu prend l’avion pour ses déplacements, il lui sera suggéré de compenser ses émissions de gaz à effet de serre en achetant des arbres à planter, qui eux, séquestreront le carbone à la hauteur équivalente de ce qui a été émis.

Devoir d’attention écologique, dans le sens où l’individu doit porter une attention toute particulière à ce qu’il consomme et à tout ce qu’il rejette dans l’environnement. C’est ce que les écologistes appellent la prise de conscience environnementale. Par exemple, du moment qu’un individu vivant dans un pays nordique se rend compte que consommer des fraises en hiver qui proviennent de la Californie accroît de plusieurs degrés l’émission de gaz à effet de serre par le seul fait de leur transport, il lui sera suggéré d’acheter plutôt des fraises locales lorsque la saison sera venue. Ici, c’est toute la mouvance dite de proximité qui est convoquée. Autrement, on lui suggérera de tendre vers une consommation zéro-déchet, car le meilleur déchet n’est-il pas celui qu’on ne produit pas ? On demande donc à l’individu de porter une attention toute particulière à ce qu’il peut refuser de consommer et ce qu’il peut réduire, réutiliser, recycler, réparer et composter. Le but du devoir d’attention écologique est donc d’amener l’individu à être vigilant et à devenir de plus en plus responsable tout en se questionnant sur l’ensemble de ses habitudes actuelles afin de les changer pour tendre vers une consommation durable, et ainsi, parvenir à une société zéro-déchet et zéro-gaspillage.

Devoir d’effort écologique, dans le sens où l’individu doit se soumettre à certaines attitudes, pratiques et comportements pour s’assurer de vivre dans un environnement aussi sain que possible afin d’en éviter sa dégradation. L’effort, ici, doit se traduire par des gestes concrets : recycler, réparer, réutiliser, composter, réduire les déplacements qui émettent des gaz à effet de serre, instaurer une loterie nationale distribuant au plus 500 000 déplacements en avion par an, ne plus vendre de véhicules neufs destiné à un usage particulier, ne plus utiliser de pesticides chimiques, utiliser des produits ménagers biologiques, manger bio, encourager les producteurs locaux et la consommation de proximité, réduire sa consommation, et idéalement, devenir végétarien, végétalien ou végan, faire passer la consommation de viande par personne de 90 kg à 25 kg par an, ne pas utiliser de couches jetables pour bébé, limiter l’achat de vêtements neufs à 1 kg par an et par personne, instaurer un couvre-feu thermique dans les habitations de l’ordre de 17°C entre 22 h et 6 h, s’opposer à tous projets publics susceptibles de porter atteinte à l’environnement, militer pour la cause environnementale, se reproduire le moins possible, devenir écoanxieux comme puisse l’être Greta Thünberg, etc.

Devoir de maîtrise et de restriction écologique, dans le sens où l’individu doit éviter de succomber à la tentation des plaisirs et des facilités qu’offre la vie moderne tout en adoptant des attitudes et des comportements qui empêchent de sombrer dans l’excès de consommation sous toutes ses formes. Une forme d’ascèse en quelque sorte pour le plus grand bien de tous.

La gouvernance de soi écologique, pour l’individu soucieux de son environnement, renvoie donc à la capacité de ce dernier à établir un juste rapport entre la collectivité et la nature. Cette saine gouvernance de soi n’est rendue possible qu’à la condition expresse de mettre en pratique de façon efficace les quatre devoirs imposés par la contenance de soi, c’est-à-dire que la pratique de ces devoirs forme un ensemble de contrôles positifs qui permettent le gouvernement de soi. La contenance de soi est donc au cœur même de l’exercice de la gouvernance de soi et de la pratique environnementale. Elle a tout à voir avec le lien social, au moi en compagnie, à l’individu en société, au lien avec l’autre et l’environnement : elle est cette capacité au self-control environnemental.

Autrement dit, une fois les quatre devoirs de contenance de soi correctement accomplis, qui permettent d’établir un juste rapport à soi-même et à l’environnement, il est dès lors possible d’établir un juste rapport avec le collectif et le monde en général. Plus spécifiquement, la contenance de soi est la condition sine qua non à la gouvernance de soi. Conséquemment, une gouvernance de soi et une contenance de soi correctement conduites, et qui forment le gouvernement de soi, sont en quelque sorte garante de l’ordre social et de l’équilibre entre le collectif et la nature.

Et c’est bien d’un nouvel ordre social dont sont porteurs les écologistes, à savoir, l’ordonnancement équilibré des enjeux qui régulent la relation que le collectif doit entretenir avec la nature (environnement).

Ce qu’il y a d’intéressant avec le concept de gouvernement de soi (contenance de soi + gouvernance de soi), c’est que, depuis la Réforme protestante du XVIe siècle, il s’est appliqué à différents aspects de la vie individuelle et collective en Occident[1]. Il suffit d’observer comment les sociétés industrialisées se comportent collectivement pour en mesurer l’ampleur.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

Du succès de l’écologisme

[1]À cet effet, le lecteur en trouvera quelques exemples dans ma thèse de doctorat en ce qui concerne l’alimentation, le corps, l’activité physique, et la médecine.

 

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