Des technologies incontournables pour l’environnement

Du succès de l’écologisme 

Des technologies incontournables pour l’environnement

Certes, il y a des écologistes qui ne sont pas totalement dans l’idée qu’il est impératif d’utiliser le moins de technologies possibles pour solutionner les problèmes engendrés par les technologies précédentes.

Cependant, pour ces derniers, il n’en reste pas moins que la solution à privilégier, avant même toute utilisation d’une quelconque technologie, est de se tourner vers des technologies de basse résolution ; c’est le Principe de précaution qui prévaut, c’est-à-dire que, « en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement[1]. » Vu sous un autre angle, tant qu’une technologie ne permet pas d’entrevoir quels pourraient être ses aspects négatifs, cette technologie ne doit pas être utilisée.

Comme nous l’avons vu dans les articles précédents (autoacroissement technologique, autonomie technologique, absorption technologique, unicité technologique) il est impossible de surseoir à la technologie, car elle est la technique la plus efficace en toutes choses, et du moment où une technologie révèle son efficacité, elle devient incontournable.

D,une certaine façon, l’écologiste qui tient à utiliser des technologies de basse résolution se condamne lui-même à ne pas faire avancer sa propre cause. Par exemple, l’agriculture urbaine n’est pas seulement une question de jouer à l’agriculteur urbain. Dans cette mouvance d’autosuffisance alimentaire qui fait de plus en plus tache d’huile chez les écologistes — apprendre à devenir résilient sur le plan alimentaire en cas de panne technologique majeure —, il est impératif de maîtriser plusieurs technologies agricoles de basse résolution pour suffire à ses propres besoins et à ceux d’une petite famille, mais du moment où il s’agit de nourrir toute une communauté, les technologies de basse résolution doivent être utilisées en conjonction avec des technologies de pointe.

On n’en sort pas, la technologie s’impose constamment. Dans les pays nordiques, maintenir une résilience alimentaire impose l’utilisation constante de technologies. Qu’il s’agisse de panneaux solaires, d’éoliennes ou d’hydroliennes, de serres hydroponiques, ou d’édifices en hauteur transformés en tours agricoles, seules les technologies de pointe peuvent soutenir une telle démarche.

Il en va de même avec la gestion des déchets, surtout dans un cadre où les villes deviennent les lieux où se concentrent de plus en plus les populations. La gestion des déchets exige de plus en plus des solutions technologiques de pointe si les écologistes veulent se diriger vers le zéro-déchet. Certes, on peut inciter le citoyen à moins consommer, à recycler, à composter, à réutiliser, et à réparer, mais il n’en reste pas moins que ce dernier produira toujours des déchets.

Même si le citoyen arrive en effet à moins produire de déchet physique, il n’en reste pas moins qu’il ne peut échapper au fait de produire des déchets organiques issus de sa propre digestion. Et quand les déchets organiques d’une seule personne sont multipliés par ceux d’un million de personnes, le problème est d’un tout autre ordre. En fait, l’écologisme sera toujours confronté à un problème d’échelle.

Certes, chacun, à son niveau, peut contrôler certains intrants et extrants en matière de gestion des déchets, mais il est impossible d’appliquer les mêmes solutions à des groupes plus élargis. Par exemple, le système de santé canadien fonctionne pour 35 millions de personnes, mais il ne peut pas fonctionner pour un pays dont la population serait dix fois plus grande.

Autre exemple, les problèmes de gestion urbaine d’une ville d’un million de personnes ne sont en rien comparables avec une ville de plus de 10 millions de personnes. Tout est toujours une question d’échelle. Et cette question d’échelle pour gérer les problèmes environnementaux de grandes agglomérations urbaines ont trouvé un terreau très fertile dans le concept de ville intelligente (smart city). En fait, plus les villes concentrent de large part de la population, plus les villes ont besoin d’intégrer de plus en plus de technologies pour arriver à tout gérer.

Concrètement, l’amélioration du service de collecte des déchets urbains, et d’une manière générale, l’amélioration de la gestion des déchets, constitue l’un des principaux défis auxquels les villes sont et seront confrontées sous peu, notamment en raison de la croissance démographique. Ainsi, la gestion intelligente des déchets est un facteur clé des villes intelligentes.

Lorsqu’il s’agit de comprendre son importance, nous devons garder à l’esprit que la gestion des déchets urbains comporte différentes étapes, depuis la collecte, en passant par le transport, jusqu’au traitement. La collecte est le facteur clé de cette gestion efficace des déchets urbains pour deux raisons : son coût et sa composante logistique.

Il est impératif de se concentrer sur la réduction de coûts de la collecte, puisque la collecte est particulièrement coûteuse et implique de nombreux travailleurs et véhicules. Il faut aussi revoir et améliorer la planification de la collecte des déchets, car tout en ayant une forte composante logistique, elle permet une grande marge d’amélioration grâce à des solutions technologiques de pointe qui peuvent fournir une intelligence économique.

Par conséquent, bien que le développement efficace et efficient d’une ville intelligente aborde la gestion des déchets d’une manière globale, leur collecte est essentielle pour améliorer le service au citoyen et aussi sur le plan environnemental, ainsi que dans le but de réaliser des économies pour l’administration publique.

Le défi écologique ou de durabilité devient donc un défi urbain, dans lequel la ville moderne est un espace harmonieux et flexible, géré intelligemment par les technologies de l’information et de l’intelligence artificielle. Et lorsqu’il s’agit de trouver des solutions durables pour la gestion des déchets, les municipalités doivent tout mettre en œuvre pour relever ces défis.

D’une part, on trouve différents systèmes de collecte des déchets dans les villes. De la collecte pneumatique basé sur des collecteurs souterrains à l’utilisation de camions avec différents types de cargaison, soit sur le côté ou à l’arrière, toutes ces techniques s’inscrivent dans des systèmes plus larges de gestion des déchets qui ont leurs propres caractéristiques, ainsi qu’une efficacité plus ou moins grande, entre autres facteurs, en fonction de leur connexion stratégique grâce à l’Internet des objets. L’application que les technologies de l’information peuvent avoir dans chacune des étapes de la gestion des déchets sera spécifique et, surtout, dépendra de chaque cas particulier, mais devra généralement être réalisée à partir d’une planification qui répond efficacement aux besoins de chaque ville.

Actuellement, la collecte des déchets s’effectue à la fois sans analyse de la demande et en utilisant des techniques globales prédictives basées sur des données historiques, alors que pourrait être utilisé un système intelligent fondé sur les nouvelles technologies, facilitant ainsi une meilleure gestion en temps réel.

La conception d’un système intelligent de collecte des déchets urbains soulève des questions pratiques auxquelles il faut répondre en détail et qui déterminent en temps réel l’allocation la plus efficace des ressources disponibles. Sa réalisation implique donc un développement qui valorise une série de facteurs pour son intégration en fonction des objectifs poursuivis, tout en cherchant la mise sur pied d’un plan stratégique réussi qui coordonne le travail de la gestion des déchets.

Sur le plan technologique, le tout se fera au moyen de systèmes d’information qui recueillent et traitent les données pertinentes, y compris celles fournies par l’Internet des Objets. Sans compter qu’en plus de l’utilisation de données en temps réel, il faut disposer de nombreuses autres ressources technologiques. Les informations en lot entrent dans cette catégorie, car elles peuvent contenir des informations très utiles. Leur utilisation conjointe permettrait, en somme, de rationaliser et de prendre les meilleures décisions possibles pour obtenir une performance optimale des ressources impliquées.

L’objectif principal de l’utilisation des données en temps réel et d’autres nouvelles technologies qui visent à maximiser l’utilité des données n’est, en bref, qu’une autre façon de réduire le coût global de la collecte en visant une plus grande efficacité. C’est-à-dire, optimiser les ressources et, avec elle, la qualité du service, sans oublier l’économie financière réalisée et le respect de l’environnement.

Concrètement, le numérique et l’intelligence artificielle offrent de grandes opportunités écologiques pour une gestion intelligente des déchets qui permettra d’adopter des politiques de durabilité dans ce domaine critique. De plus, étant donné que les villes intelligentes poursuivent les mêmes objectifs dans de nombreux autres domaines, il est évident qu’une gestion efficace et efficiente des déchets rapproche d’un concept de ville plus viable et vivable, participative et respectueuse de l’environnement.

Au su et au vu de la seule gestion des déchets, l’ensemble des défis urbains exigent non pas moins de technologies, mais de plus en plus de technologies. Et c’est là où l’on constate à quel point l’autoaccroissement technologique est inévitable, que l’autonomie technologique est cardinale, que l’absorption technologique rend sociale et sociable tout ce que les technologies approchent, et que l’unicité technologique impose le fait que, si une technologie est efficace pour régler un problème environnemental, celle-ci doit impérativement être utilisée.

Conséquemment, et malgré tout ce que pourront en dire certains écologistes, il semble bien qu’il soit nécessaire d’utiliser de plus en de technologies pour solutionner des problèmes environnementaux qui sont d’ordre planétaire. C’est essentiellement une question d’échelle. Si les écologistes ont étendu l’urgence au climat, un phénomène ontologiquement universel, il y a là un problème lié à la dimension même de la planète, donc un problème d’échelle.

De plus, comme certaines solutions environnementales fonctionnent fort bien à petite échelle, ces dernières deviennent tout à fait inopérantes lorsque l’échelle s’accroit de façon importante. Autrement dit, ce n’est pas par l’addition de l’effort de tous les citoyens qu’il est possible de gérer des problèmes environnementaux, mais par des solutions d’envergure et à grande échelle qui récupèrent les efforts de tous les citoyens pour les transposer à un tout autre niveau de traitement avc le concours de technologies efficaces et performantes.

Il faut se rendre à une évidence, l’harmonie de l’homme avec la nature ne sera possible qu’à condition d’utiliser de plus en plus de technologies. Certes, on peut décider de faire comme Henry David Thoreau et de partir vivre dans la forêt en totale autarcie, ou de vivre en milieu urbain en ne possédant pas de voiture, en recyclant, en s’appliquant au zéro-déchet et en compostant.

Cependant, un jour où l’autre, la technologie rattrapera ces irréductibles, car la technologie absorbe tout ce qu’elle touche.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

Du succès de l’écologisme

[1] Déclaration de Rio (1992), Principe 15.

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