Écologisme, un avenir assuré en tant que courant politique

  Du succès de l’écologisme

Écologisme, un avenir assuré en tant que courant politique

À partir de tout ce qui a été considéré dans cet essai à propos de l’écologisme, une question émerge : l’écologisme, en tant que discours, est-il susceptible de gagner encore plus en popularité ? À cette question je répondrai « oui ».

Pourquoi ? Parce que, une fois constitué en mythe, le discours de l’écologisme possède cette étonnante capacité à tout expliquer, à séduire en promettant un avenir radieux si ces propositions sont mises en œuvre, à mobiliser par l’effet de croyance partagé à la fois par l’individu et le collectif voulant qu’un effondrement civilisationnel et climatique est à nos portes — l’horizon de la peur —, à évoluer à travers le temps en fonction de changements qui interviennent dans la structure et les valeurs collectives de la société de plus en plus orientées vers des valeurs environnementalistes.

De plus, tant que le discours de l’écologisme saura entretenir une certaine opposition envers la technologie et le capitalisme, il aura le carburant qui lui est nécessaire pour avancer.

Par exemple, s’opposer constamment aux projets de développements gaziers et pétrolifères est une stratégie gagnante, car qualifier les énergies fossiles de « sales » et les énergies alternatives de « propres », c’est disqualifier l’une par rapport à l’autre. Ce qui disqualifie, dans un discours, est une rhétorique stigmatisante qui exerce une forte pression sociale. De là, utiliser l’expression flygskam pour jeter la honte sur tous ceux qui prennent l’avion, plutôt que se comporter de façon vertueuse en prenant le train, c’est afficher sa propre vertu environnementale, la montrer, la nommer et la mettre en pratique.

Autres exemples, demander des sacs en plastique à l’épicerie, plutôt qu’utiliser son propre sac recyclable, composter plutôt que jeter ses déchets alimentaires, mettre en œuvre les pratiques du zéro-déchet, plutôt que de tout envoyer à la poubelle, utiliser des herbicides bio, manger bio, faire de l’agriculture urbaine, participer à un jardin communautaire, s’abonner au panier du fermier local, ne pas circuler en voiture, s’adonner à la mobilité active, utiliser le transport collectif, appuyer le commerce équitable, participer activement à l’augmentation de la canopée urbaine, faire de l’action citoyenne une valeur cardinale pour lutter contre tous projets ne rencontrant pas les valeurs véhiculées par le discours de l’écologisme, voilà le programme auquel nous sommes collectivement conviés.

En ce sens, l’écologisme a un bel avenir devant lui, à moins que la tendance ne s’inverse. Cependant, il y a fort à parier que l’écologisme arrivera à ses fins, c’est-à-dire que, sans inverser pour autant la tendance au réchauffement climatique — personne ne comprend vraiment comment fonctionne le climat —, tout ce qui constitue les valeurs de l’écologisme aura conquis à la fois les individus et les institutions ; l’écologisme en tant que fait social total est sur le point d’être une réalité globale. Et si, par un quelconque miracle, il était possible d’inverser la tendance au réchauffement climatique, on se retrouverait en présence d’une « prophétie » autoréalisatrice, dans le sens où les tenants de l’écologisme diraient que leurs efforts ont porté fruits.

D’autre part, est-il possible de ralentir le train de l’écologisme et de contrecarrer son discours ? Pour y parvenir, les forces qui s’opposent à l’écologisme doivent revenir sur ce que le mythe a de plus performant — la prédiction, l’adhésion, l’aveuglement sélectif — et sur ce qui l’oppose le plus efficacement — le capitalisme et la technologie. De là, est-il possible d’amputer le discours de l’écologisme de son aspect activiste et militant, un irritant majeur pour plusieurs citoyens ?

La réponse à cette question est « oui ». Pour y parvenir, il suffit de démocratiser le discours de l’écologisme en y intégrant de plus en plus de technologies fortement capitalisées par les investisseurs. L’histoire a démontré que du moment où la logique capitaliste investit un domaine qui s’oppose à ses façons de faire, elle l’a fait avec brio en démocratisant les valeurs d’opposition en question.

Par exemple, la contre-culture hippie des années 1960 et 1970 a totalement été récupérée, les craintes pour la vie privée face aux entreprises de la Silicon Valley sont en passe d’être un artefact social, l’industrie du taxi et celle de l’hôtellerie sont confrontées à une reconfiguration en profondeur, les médias sont en bouleversement total, car les technologies ont démocratisé l’accès à la production d’informations, le téléphone intelligent est sur le point d’investir tous les aspects de la vie, la gestion de la santé est de plus en plus transférée vers l’individu par le truchement d’applications qui lui permettent de monitorer sa condition en temps réel, etc.

De là, il n’y a rien qui puissent inverser cette tendance à la démocratisation des valeurs de l’écologisme. Du moment que ces valeurs seront totalement intégrées dans la logique capitaliste, elles feront partie du business as usual. Par exemple, les efforts de Tesla, pour mettre en marché des voitures électriques performantes, autonomes et vertes, ont obligé tous les constructeurs automobiles à s’aligner sur cette logique technologique — la voiture non polluante sera bientôt accessible à tous.

Autrement, l’entrée en bourse du groupe Beyond Meat — un producteur californien de protéines végétales —, qui vend ce qui ressemble à des boulettes de viandes ou à des brochettes de poulet, et qui connaît un succès imprévu, se trouve à avoir récupéré le discours de la mouvance végétarienne, végane et végétalienne. Il faut voir aussi à quelle vitesse l’agriculture urbaine fait des progrès pour se rendre compte que de plus en plus de start-up appuyées par du capital de risque ont flairé le filon et y investissent des sommes importantes — édifices urbains transformées en tours agricoles. De là, petit à petit, chaque revendication écologique sera ainsi récupérée et intégrée dans la logique de production techno-capitaliste.

Que se passera-t-il du moment où les revendications environnementales et écologiques auront été graduellement récupérées ? Le discours de l’écologisme devra se trouver d’autres « ennemis » à combattre. En fait, ce n’est qu’une question de temps avant qu’une grande partie du discours de l’écologisme soit récupéré et absorbé par les technologies et le capital qui en est porteur.

Autrement dit, les opposants actuels au discours de l’écologisme ont tout faux s’ils s’y opposent. Il suffit de laisser faire ce que le capitalisme fait de mieux, à savoir démocratiser les produits à travers une production de masse accessible à la plus large part possible de la population, tout comme il suffit de laisser les écologistes faire ce qu’ils font de mieux, à savoir contester, car du moment où ils contestent pour obtenir des changements dans tel ou tel domaine, ils montrent aux entrepreneurs ce dans quoi ils peuvent investir. Et comme un entrepreneur a horreur du vide entrepreneurial, il y aura toujours un entrepreneur pour flairer la bonne affaire.

En conclusion, il suffit de laisser les écologistes contester pour que les entrepreneurs puissent récupérer leurs idées pour les démocratiser à travers des produits de masse. Et comme les activistes et les militants ont horreur du vide contestataire, ils le combleront rapidement par d’autres contestations et engagements.

Donc, à tous ceux qui s’inquiètent des dérives du discours de l’écologisme, il n’y a aucune inquiétude à avoir, car l’implacable logique de la technologie la plus efficace en toutes choses sera fortement financée par le système capitaliste pour atteindre des masses de consommateurs par une production de masses à travers des marchés de niche.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

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