L’unicité technologique versus l’écologisme

  Du succès de l’écologisme 

L’unicité technologique versus l’écologisme

L’unicité technologique renvoie au fait que si les technologies existent et que si elles sont efficaces, elles doivent impérativement être utilisées dans un sens ou dans l’autre, toutes technologies confondues.

Une trame commune fédère toutes les technologies, aussi différenciées soient-elles, et c’est leur utilisation qui en constitue leur unicité. En la matière, la voiture personnelle est un bon exemple. De là, on peut se poser une question : l’ère de l’automobile prendra-t-elle fin au XXIe siècle ?

En examinant les défis environnementaux et économiques actuels concernant l’utilisation des véhicules à combustion interne et en lisant les propos de certains observateurs de l’industrie, on pourrait le penser. L’automobile peut être considérée, en effet, comme un produit qui contrevient aux injonctions et aux prescriptions de l’écologisme, pour lequel il n’y a pas d’utilité, pas de place, pas d’argent, pas d’intérêt dans notre société moderne. D’autre part, la mobilité, sous toutes ses formes, continue de croître, tant dans les pays développés que dans les pays en développement. Les déplacements routiers actuels à l’échelle mondiale en motocyclettes, voitures, camions et autobus devraient doubler pour atteindre 80 milliards de kilomètres en 2050.

Beaucoup de gens croient que le XXe siècle a été l’apogée de la mobilité liée à l’automobile. De toute évidence, au cours du siècle dernier, l’automobile, en tant qu’industrie et moyen de transport, a été très dominante en matière de prospérité et de mode de vie. L’époque pionnière de l’automobile de la première moitié du siècle dernier jusqu’au début des années soixante est considérée comme l’époque romantique des amateurs d’automobile classique. À la fin du XXe siècle, la mobilité automobile est devenue le premier moyen de transport privilégié des personnes et des marchandises dans le monde.

Cette ère prendra-t-elle fin au XXIe siècle ? En fait, la question est mal posée. Il faudrait plutôt se demander si l’automobile sera toujours aussi dominante lorsque le nombre de voitures et de camions diminuera considérablement en raison d’une plus grande efficacité, de la conduite autonome et du partage collaboratif. Pour répondre adéquatement à cette question, il faut s’en remettre à la grille d’analyse de van Duin, celle des Six Zéros[1].

Étant donné que l’industrie automobile a l’habitude de travailler avec des objectifs de type « zéro », le « zéro défaut » étant le plus connu, et si l’on veut entrer de pleins pieds dans le XXIe siècle en matière de mobilité, d’autres critères de type « zéro » doivent être pris en compte — zéro émission, zéro énergie, zéro congestion, zéro accident, zéro vide, zéro coût — :

  • zéro émission : pourquoi devrions-nous encore accepter la pollution atmosphérique, le changement climatique et le bruit produit par notre mobilité automobile, alors que nous pouvons nous en passer en utilisant des véhicules électriques ?
  • zéro énergie : pourquoi devrions-nous encore risquer l’épuisement des ressources énergétiques fossiles par notre mobilité automobile, alors que nous pouvons conduire beaucoup plus efficacement avec de l’électricité renouvelable ?
  • zéro encombrement : pourquoi voudrions-nous encore rester coincés dans les embouteillages, alors que l’utilisation de voitures, de camions et d’autobus automatisés ou autonomes peut les éviter ou les contourner ?
  • zéro accident : pourquoi devrions-nous encore vouloir ou risquer des accidents ou des décès sur la route dus à une conduite dangereuse et le manque de contrôle par des conducteurs humains, alors que les véhicules automatisés ou autonomes seront beaucoup plus sûrs ?
  • zéro Vide : pourquoi devrions-nous encore accepter que les voitures ne soient utilisées que par un seul passager (le conducteur) et que les camions ne soient remplis qu’à la moitié de leur capacité ?
  • zéro coût : pourquoi voudrions-nous encore payer pour posséder notre propre véhicule qui est la plupart du temps garé plutôt que mobile, alors qu’il suffirait de le connecter à des applications qui permettrait de le partager et de générer des revenus ?

Partant de là, la seule certitude que nous puissions avoir est que le prix du baril de pétrole finira inévitablement par augmenter et que celui des batteries diminuera inéluctablement. D’ici quelques années, une réduction de près de 80 % par kilowattheure utilisable sera réalisée[2]. En plus de ces coûts, les véhicules électriques sont non seulement beaucoup plus éconergétiques, mais ils conduiront vraisemblablement à une réduction substantielle des coûts liés à la mobilité.

En fait, les véhicules électriques peuvent être à énergie positive ou de stockage. Autrement dit, ils peuvent rapporter des revenus en stockant de l’énergie pour alimenter en retour le réseau électrique collectif. On peut donc supputer que c’est la tendance à venir.

Finalement, si on part de la prémisse qu’il y a urgence climatique, il vaut la peine de faire le pari de la transition énergétique. Autrement, s’il ne s’agit pas de la prémisse sur laquelle on s’appuie, on sera tout de même parvenus à réduire considérablement l’exploitation des énergies fossiles, permettant ainsi à une large partie de la population et aux institutions de faire d’importantes économies et de « sauver » ainsi la planète ; les injonctions et les prescriptions de l’écologisme trouvent ici dans l’unicité technologique un allié imprévu.

Autrement dit, étant donné que certaines technologies de pointe permettent de façon efficace de régler des problèmes environnementaux d’envergure ou non, et étant donné que si ces technologies existent, elles doivent impérativement être utilisées dans un sens ou dans l’autre, toutes technologies efficaces confondues.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

Du succès de l’écologisme

[1] Rieck, F. G., Machielse, C., Van Duin, J. H. R. (2017), Automotive, the Future of Mobility, Conference Paper, EVS30 Symposium, URL: https://www.researchgate.net/publication/320490142_The_Future_of_Mobility.

[2] Bloomberg New Energy Finance (2016 [08-22]), Electric vehicles – it’s not just about the car, Special: electric vehicles.

 

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