L’autoaccroissement technologique

La complexité technologique

L’autoaccroissement technologique

L’autoaccroissement technologique correspond à ce processus par lequel la technologie progresse par minuscules perfectionnements qui s’additionnent indéfiniment jusqu’à former une masse de conditions nouvelles qui permettent un pas décisif.

L’automatisme des technologies réside dans le fait que l’orientation et les choix technologiques s’effectuent d’eux-mêmes, parce que, entre deux technologies, l’une s’impose fatalement, parce que ses résultats se comptent, se mesurent, se voient et sont indiscutables.

Par exemple, lorsque la société Apple, le 29 juin 2007, a présenté son premier iPhone équipé d’un écran tactile capacitif multipoints, elle a fatalement imposé une nouvelle façon d’interagir avec un écran. Tous les autres téléphones mobiles, qui n’étaient jusque-là que de simples téléphones mobiles dédiés au seul fait de téléphoner, ont par la suite été obligés de s’aligner (i) sur la technologie de l’écran tactile et (ii) sur un tout nouveau type d’interface.

En fait, ce n’est pas tant que ce nouveau téléphone ait été équipé en sus d’une caméra, d’un GPS et de centaines d’applications qui en ont fait le succès, mais bien l’écran tactile capacitif multipoints. Entre la technologie du téléphone de type flip qui prévalait jusque-là, et la technologie de l’écran tactile capacitif multipoints qui débarquait tout juste, la dernière s’est fatalement imposée. Ce faisant, tous les autres fabricants de téléphones mobiles, constatant l’efficacité absolue en toutes choses de cette nouvelle technologie — elle se mesure, se voit, est indiscutable —, ont été confrontés à une toute nouvelle réalité commerciale.

La seule façon d’imposer une technologie plutôt qu’une autre passe aussi forcément par des investissements financiers majeurs. Toutefois, rien ne garantit que la technologie s’imposera, car un ensemble de facteurs, tous contingents les uns aux autres, doivent être réunis pour que la chose se produise, mais il n’en reste pas moins que le capital y joue un rôle prépondérant.

À titre d’exemple, Facebook s’est imposé comme le réseau social incontesté, détrônant ainsi MySpace fondé en 2003, qui avait réussi à attirer environ 230 millions d’utilisateurs aux alentours de 2006, et qui a par la suite périclité année après année. Si Facebook n’avait pu rapidement réunir les fonds nécessaires pour sa propre expansion, qui proposait alors une toute nouvelle interface « révolutionnaire » pour entrer en contact avec des amis, Facebook n’aurait peut-être jamais connu le sort qu’on lui connaît aujourd’hui.

Il en va de même pour Google, en 1998, qui, à partir d’un astucieux bricolage informatique, le PageRank[1], a rapidement ravi à AltaVista et autres moteurs de recherche de moindre importance la première place. C’est aussi très rapidement, en l’espace de moins de deux ans, le 7 juin 1999, que Google a réussi à obtenir un financement majeur de l’ordre de 25 millions de dollars de la part de capital-risqueurs (Sequoia Capital ; Kleiner Perkins Caufield & Byers)[2]. Partant de là, la technologie de Google s’est imposée, et même si Microsoft si soit essayé, elle n’a jamais vraiment réussi à s’implanter, ce qui confirme bien que toute technologie qui s’impose devient tout entière, et souvent domine d’un seul coup le marché ou le verrouille.

Ce processus, une fois bien enclenché, autorise d’autant le développement de nouvelles technologies, c’est-à-dire que le développement technologique entre dans un processus d’autoaccroissement tout en étant appuyé par un financement soutenu et conséquent. Par exemple, en mettant au point la technologie de l’écran tactile capacitif multipoints, c’est tout un secteur inexistant jusque-là qui se dessine, celui de la mobilité, d’où l’autoaccroissement technologique. Autrement dit, chaque innovation oblige d’autres innovations.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2018

La complexité technologique

[1] Lorsqu’un document est plus fréquemment référencé par de multiples hyperliens, celui-ci est alors considéré comme étant « populaire » et monte ainsi dans la liste d’affichage.

[2] Google Press (1999 [June 7]), Google Receives $25 Million in Equity Funding, URL: http://googlepress.blogspot.ca/1999/06/google-receives-25-million-in-equity.html.

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