Omega-3 et French Paradox ou la santé cardiovasculaire

  La saine alimentation 

Omega-3 et French Paradox, la santé cardiovasculaire

La notion même de saine alimentation s’est démocratisé du moment que le docteur Michel de Lorgeril, avec le French Paradox[1], que les Omega-3 sont entrés en scène. En 1979, une étude longitudinale conduite dans plus de 18 pays révèle une forte association négative entre consommation d’alcool et maladies coronariennes et attribue le phénomène à la consommation de vin rouge[2]. Cette étude amorce une série de recherches qui mèneront, au début des années 1990, à proposer le régime alimentaire méditerranéen composé d’aliments riches en gras saturés et à faible incidence d’événements coronariens — élaboré par le cardiologue français Michel de Lorgeril.

L’idée est la suivante : malgré un régime alimentaire riche en gras saturés, les Français seraient moins sujets aux maladies coronariennes que les populations des autres pays industrialisés. Cet effet protecteur, lié au resveratrol (un antioxydant) contenu dans le vin rouge (consommation quotidienne de 20 à 30 gr.), réduirait de 40 % le risque de maladies coronariennes en prévenant la formation de plaques d’athérosclérose.

En 1993, l’équipe de recherche d’Artaud-Wild, après une étude longitudinale menée dans plus de 40 pays, excluant la France et la Finlande, arrive à la conclusion que le vin rouge peut éventuellement prévenir le développement de maladies coronariennes à la condition expresse que la consommation soit déjà liée à des populations consommant d’importantes quantités de gras saturés[3].

En 1997, des chercheurs de l’Université de l’Illinois suggèrent que le resveratrol contenu dans le raisin rouge serait non seulement susceptible d’aider à prévenir les maladies coronariennes, mais également à prévenir le cancer[4][5]. D’autres équipes de chercheurs reviennent sur le French Paradox et confirment que les propriétés cardiopréventives du vin rouge résideraient avant tout dans l’action des flavonoïdes, spécifiquement le resveratrol présent dans le vin rouge[6].

Toujours dans la même logique, les années 1980 marquent le début de l’aventure des effets bénéfiques de l’huile de poisson. Tout commence en 1971 avec la publication d’une première étude portant sur le cholestérol des Esquimaux du Groenland[7]. Suivent, dix ans plus tard, d’autres études qui lieront le régime alimentaire riche en poisson des Esquimaux du Groenland[8][9] et celui des Japonais[10] à la faible incidence de mortalité par maladies coronariennes : les longues chaînes n-3 d’acides gras polyinsaturés, abondante dans la chair des poissons, contribueraient à abaisser de façon significative les niveaux de mauvais cholestérol, à augmenter la vasodilatation et à réduire l’agrégation plaquettaire[11][12].

Afin de vérifier si la consommation de poissons et de fruits de mer (2,23 gr/j d’Omega-3) a un réel effet sur la santé cardiovasculaire, une vaste étude[13], qui durera six ans, est lancée en 1986. Comportant plus de 44 895 participants âgés de 40 à 75 et sans problèmes cardiovasculaires préalablement connus[14], l’étude en question sera l’objet d’un suivi méthodique pendant plus de dix ans.

En octobre 1995, les premiers résultats de l’étude amorcée en 1986 à propos des Omega-3 sont publiés : des 44 895 participants, 1 543 ont été victimes d’un quelconque événement coronarien. De ceux-ci, 264 sont directement décédés d’une crise cardiaque, 547 ont été victimes d’un infarctus non fatal du myocarde et 732 ont dû subir un pontage ou une angioplastie. L’étude en arrive à la conclusion «  […] que consommer un ou cinq repas de poisson par semaine est peu susceptible de réduire le risque coronarien chez des hommes ne présentant aucun problème cardiovasculaire préalablement connu[15]. »

En 2006, une méta-analyse portant sur plus de 41 études de cohortes arrive à la conclusion que « les longues chaînes et les plus courtes chaînes d’acides gras Omega-3 n’ont pas d’effet clairement établi sur la mortalité totale — événements coronariens ou cancer[16]. »

Toutefois, le marché des suppléments d’Omega-3 ne prend littéralement son envol qu’au milieu des années 1990[17] et atteint, en 2011, des ventes annuelles de l’ordre de 25,42 milliards de dollars[18].

Finalement, en 2012, une méta-analyse arrive à la conclusion que la prise de suppléments d’Omega-3 ne peut en aucune façon être associée à une diminution du risque de mortalité, tant pour la mortalité en général que pour la crise cardiaque, la mort subite ou l’infarctus du myocarde associé ou non à l’obésité[19].

Pour sa part, la Food and Drug Administration approuve l’administration de suppléments d’Omega-3 uniquement comme agent permettant d’abaisser le taux de triglycérides chez les patients hypercholestérolémiques[20].

Concrètement, avec le French Paradox et les Omega-3, ce qui s’amorce, c’est l’ère des nutraceutiques — produit fabriqué à partir de substances alimentaires, mais rendu disponible sous forme de comprimé, de poudre, de potion ou d’autres formes médicinales habituellement non associées à des aliments, et qui s’est avéré avoir un effet physiologique bénéfique ou protecteur contre les maladies chroniques.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

  La saine alimentation  

[1] Renaud, S., de Lorgeril, M. (1992), « Wine, alcohol, platelets, and the French paradox for coronary heart disease », The Lancet, vol. 339, n° 8808, p. 1523-1526.

[2] St. Leger, A. S., Cochrane, A. L., Moore, F. (1979), « Factors associated with cardiac mortality in developed countries with particular reference to theconsumption of wine », The Lancet, vol. 1, p. 1017-1020.

[3] Artaud-Wild, S. M., Connor, S. L., Sexton, G., Connor, W. E. (1993), « Differences in coronary mortality can be explained by differences in cholesterol and saturated fat intakes in 40 counties but not in France and Finland », Circulation, vol. 88, p. 2771-2779.

[4] Jang, M., Cai, L., Ideani, G. O. et al. (1997), « Cancer Chemopreventive Activity of Resveratrol, a Natural Product Derived from Grapes », Science, vol. 7, n° 5297, p. 218-220.

[5] Clément, M. V., Hirpara, J. L., Chawdhury, S. H., Pervaiz, S. (1998), « Chemopreventive Agent Resveratrol, a Natural Product Derived From Grapes, Triggers CD95 Signaling-Dependent Apoptosis in Human Tumor Cells », Blood, vol. 92, n° 3, p. 996-1002.

[6] Constant, J. (1997), « Alcohol, ischemic heart disease, and the french paradox », Clinical Cardiology, vol. 20, p. 420-424.

[7] Bang, H. O. Dyerberg, J, AaseBrondum, N. (1971), « Plasma lipid and lipoprotein pattern in greenlandic wet-coast eskimos », The Lancet, vol. 1, n° 7710, p. 1143-1146.

[8] Bang, H. O., Dyerberg, J, Sinclair, H. M. (1980), « The composition of the Eskimo food in north western Greenland », American Journal of Clinical Nutrition, vol. 33, p. 2657-2661.

[9] Kromann, N., Green, A. (1980), « Epidemiological studies in the Upernavik district, Greenland: incidence of some chronic diseases 1950-1974 », Acta Medica Scandinavia, vol. 208, p. 401-406.

[10] Hirai, A., Hamazaki, T., Terano, T., et al. (1980), « Eicosapentaenoic acid and platelet function in Japanese », The Lancet, vol. 2, p. 1132-1133.

[11] Leaf, A., Weber, P. C. (1988), « Cardiovascular effects of n-3 fatty acids », New England Journal of Medicine, vol. 318, p. 549-557.

[12] Schmidt, E. B., Dyerberg, J. (1994), « Omega-3 fatty acids: current status in cardiovascular medicine », Drugs, vol. 47, p. 405-424.

[13] Hunter, D. J., Rimm, E. B., Sacks, F. M., et al. (1992), « Comparison of measures of fatty acid intake by subcutaneous fat aspirate, food frequency questionnaire, and diet records in a free-living population of US men », American Journal of  Epidemiology, vol. 135, p. 418-427.

[14] Ascherio, A. et al. (1995), « Dietary Intake of Marine n-3 Fatty Acids, Fish Intake, and the Risk of Coronary Disease among Men », New England Journal of Medecine, vol. 332, p. 977-983.

[15] Hunter, D. J., Rimm, E. B., Sacks, F.M., et al., op. cit.

[16] Hooper, L., Thompson, R. L., Harrison, R. A. (2006), « Risks and benefits of omega 3 fats for mortality, cardiovascular disease, and cancer: systematic review », British Medical Journal, vol. 332, n° 752.

[17] Bimbo, A. P. (2009), « Raw material sources for the long-chain omega-3 market: Trends and sustainability. Part 1 », 99th AOCS Annual Meeting & Expo in Seattle, Washington, USA.

[18] Sprinkle, D. et al. (2012), Global Market for EPA/DHA Omega-3 Products, Packaged Facts for The Global Organization for EPA and DHA Omega-3, p. 3.

[19] Rizos, E. C., Ntzani, E. E., Bika, E. et al. (2012), « Association Between Omega-3 Fatty Acid Supplementation and Risk of Major Cardiovascular Disease EventsA Systematic Review and Meta-analysis », Journal of American Medical Association, vol. 308, n° 10, p. 1024-1033.

[20] USFDA, http://www.accessdata.fda.gov/drugsatfda_docs/label/2012/021654s034lbl.pdf.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.