Les ingénieurs de la vie

  Transhumanisme, défis et enjeux 

Les ingénieurs de la vie

« C’est la raison pour laquelle je continue à faire ce que je fais. Ça me donne de l’espoir. Les possibilités des technologies nanothérapeutiques sont illimitées et annoncent un avenir brillant[1]. »

C’est en ces termes que la biochimiste Ann-Marie Broome de la Medical University of South Carolina s’exprime à propos de ses dernières découvertes, à savoir la mise au point de nanotransporteurs lipidiques capables de traverser la barrière hémato-encéphalique qui, gorgés d’une dose de témozolomide (TMZ), seraient en mesure de délivrer directement dans des cellules tumorales le traitement approprié. Et à ce jour, les essais in vivo en laboratoire sont plus que concluants et démontrent que le taux de destruction de cellules cancéreuses est relativement élevé.

Et c’est ce qui a particulièrement interpellé la scientifique, car elle ne s’attendait pas à un résultat aussi efficace dès les premiers essais : « Je fus vraiment surprise de constater à quel point, une fois le nanotransporteur ayant atteint sa cible, que la méthode pouvait s’avérer efficace. Tellement surprise, que j’ai demandé par la suite à l’équipe de refaire les tests avec différentes lignées de cellules, avec des temps de traitements et des dosages différents, afin de s’assurer que tout fonctionnait réellement comme prévu[2]. »

La cible de ces essais est le glioblastome multiforme, la tumeur primitive du cerveau la plus fréquente et la plus agressive. Pourquoi cette cible en particulier ? Parce que les traitements conventionnels — chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie — ont très peu d’effet — espérance de vie d’au plus 4 à 7 mois dans 40 % des cas —, et sont plutôt considérés comme des traitements palliatifs, d’où l’intérêt de disposer d’un traitement plus efficace, d’où l’intérêt d’explorer les possibilités qu’offrent les nanotechnologies. De plus, étant donné que le glioblastome multiforme, même une fois éradiqué, risque de réapparaître, le fait de disposer d’une procédure non invasive, à savoir une nanotechnologie qui permet de délivrer directement sur le site la médication appropriée, tombe sous le sens. En fait, le principal avantage des nanotransporteurs lipidiques, c’est que les cellules immunitaires ne peuvent les attaquer, car elles leur sont invisibles. Autrement dit, les nanotransporteurs lipidiques sont furtifs.

Une fois sur le site à traiter, les nanotechnologistes disposent de différentes méthodes pour en faire en sorte que les nanotransporteurs délivrent leur traitement. L’une des méthodes privilégiées est de profiter de la nature acide d’une tumeur en croissance. L’idée est la suivante : étant donné que le pH du sang est légèrement alcalin et que la structure d’un nanotransporteur n’est pas affectée par l’alcalinité, lorsque ce même nanotransporteur se retrouve dans le parage d’une tumeur cancéreuse qui, elle, est plus acide, la structure du nanotransporteur est dès lors fragilisée, ce qui permet par la suite de délivrer la charge thérapeutique de témozolomide. On comprendra donc que l’angle sous lequel la biochimiste Ann-Marie Broome propose les choses n’a pas de quoi soulever une quelconque opposition. D’ailleurs, qui serait contre le fait de mettre au point un tel type de traitement ? Et c’est là où joue toute la « magie » des nanotechnologies : chacune d’elles, prise séparément, possède un tel potentiel, qu’elles occultent d’une certaine façon le portrait global de ce vers quoi nous conduisent précisément les nanotechnologies. Il est donc tout à fait pertinent de s’en préoccuper.

La biochimiste Ann-Marie Broome fait partie de ce que je nomme la Guilde des ingénieurs de la vie. Certes, cette guilde n’existe pas dans la réalité, tout comme les scientifiques de la stature et de la compétence d’Ann-Marie Broome ne s’inscrivent pas forcément dans le courant transhumaniste. Cependant, tous ces chercheurs contribuent à la mouvance transhumaniste.

Cette métaphore de la Guilde des ingénieurs de la vie sert donc à regrouper sous un même concept l’ensemble de tous ces gens qui sont en train de procéder à une réingénierie de la vie, et cette guilde constitue une minorité agissante, c’est-à-dire un groupe de personnes qui a la capacité et les moyens d’infléchir de façon importante le cours des décisions qui seront prises en ce qui concerne notre avenir.

Par exemple, il suffit de faire ne serait-ce qu’un bref retour dans l’histoire pour constater à quel point les minorités agissantes ont toujours été celles qui ont été à l’origine des grands bouleversements sociaux. Le philosophe Émile Cioran (1911-1995) ne soulignait-il pas qu’« on se méfie des finauds, des fripons, des farceurs ; pourtant on ne saurait leur imputer aucune des grandes convulsions de l’histoire ; ne croyant en rien, ils ne fouillent pas vos cœurs, ni vos arrière-pensées ; il vous abandonnent à votre nonchalance, à votre désespoir ou à votre inutilité ; l’humanité leur doit le peu de moments de prospérité qu’elle connut ; ce sont eux qui sauvent les peuples que les fanatiques torturent et que les idéalistes ruinent[3]. »

Voilà, justement, la Guilde des ingénieurs de la vie n’a pas l’intention de laisser qui que ce soit de son groupe abandonné à la nonchalance, au désespoir, ou à l’inutilité, bien au contraire. Elle a décidé de donner à l’humanité ces meilleurs moments de prospérité qui la sauveront peut-être de ces erreurs. Surtout, les membres de cette guilde n’ont strictement rien à voir avec les militants des Avenirs radieux du XXe siècle. Ici, pas question de politique, mais bien d’affairisme, rien d’autre que cette attitude qui consiste à tout assujettir à l’ordre marchand. Donc, sans idéologie politique à la carte, rien de plus simple et de plus facile que de faire passer comme une lettre à la poste l’idée qu’il est possible de vivre très longtemps en santé, tant sur le plan physique qu’intellectuel.

Par exemple, Michel Foucault disait que le but du néolibéralisme consiste essentiellement à disposer des hommes et des choses, à gérer leurs relations de façon à les conduire à des objectifs acceptables pour tous en les convaincant du bien-fondé de ces objectifs plutôt que de les contraindre à adhérer à des normes et des valeurs sociales.

À mon avis, les technologies actuellement en développement pour améliorer et augmenter le corps possèdent les mêmes caractéristiques que la philosophie néolibérale pour convaincre plutôt que contraindre, dans le sens où ces technologies opèrent par la construction d’un environnement qui fabrique un contrôle des individus par eux-mêmes.

Autrement dit, qui ne souhaite pas  prolonger sa vie où à éviter autant que faire se peut d’être malade en mettant en application ce que proposent les spécialistes de la santé ? Comment résister à cette proposition ? Comment y échapper ? Là est le pouvoir du projet transhumaniste, dans le sens où en renvoyant constamment l’individu à lui-même en lui fournissant de plus en plus de technologies qui peuvent augmenter son espérance de vie et de santé jusqu’à un âge avancé, tant sur le plan physique qu’intellectuel, l’individu devient ainsi un individu hautement maniable et éminemment gouvernable. Ici, nul besoin de contraindre, et à la limite, nul besoin de convaincre, car la technologie ou la technique convainc parce qu’elle promet.

Ce projet, c’est celui de la Guilde des ingénieurs de la vie financée par les grandes entreprises de la Silicon Valley. Le projet transhumaniste de la Guilde des ingénieurs de la vie est plus qu’une simple aventure scientifique pour transcender la condition humaine. C’est avant tout une façon d’être, de penser et d’entrevoir le monde. C’est aussi une façon de faire des affaires, de mener l’économie, de capitaliser. C’est la condition qui a présentement la cote et qui risque fort de l’avoir encore pour longtemps, car elle nous convie à une révolution permanente, celle de nous-mêmes, celle de faire de chacun de nous un humain augmenté. Ce n’est pas banal.

Ce serait un euphémisme de dire que la Silicon Valley est un incubateur d’entreprises de haute technologie, pour ne pas dire l’Eldorado de la culture techno. Tout, dans cet univers, est mis en place pour satisfaire le développement technologique, depuis les infrastructures, en passant par la culture, jusqu’à l’incontournable capital de risque. Aucun autre secteur de l’activité économique, depuis la Révolution industrielle, n’a réussi à créer une culture aussi forte autour de lui.

Jamais l’acier, le chemin de fer, le complexe agroalimentaire, le pétrole, l’électricité, l’automobile ou la pâte dentifrice n’ont réussi à créer un investissement psychologique aussi fort que celui des technologies numériques et de l’information. Certes, l’acier, le chemin de fer et l’automobile ont modifié le paysage culturel, économique et politique de nos sociétés, mais personne, sauf quelques cas extrêmes, ne s’investit dans une relation globale et englobante avec un chemin de fer, une automobile ou un tube de pâte dentifrice.

À l’inverse, les technologies numériques engagent des milliards de gens sur la planète, non plus seulement au quotidien, mais au niveau de la minute même de l’existence. Il ne s’agit plus seulement d’une variation de degré dans un seul et même registre de relation aux objets, mais bel et bien d’un changement de registre dans la relation aux objets. Le téléphone intelligent et l’ardoise électronique sont désormais les vecteurs par lesquels passe, s’exécute et se vit cette relation. Le changement est d’importance. Et ce changement, l’élite technologique y est forcément pour quelque chose.

Qui est, au juste, cette élite technologique ? En fait, elle a toujours plus ou moins existé sous la forme de techniciens, d’ingénieurs et d’inventeurs, depuis James Watt et sa machine à vapeur, depuis Thomas Edison et ses multiples inventions qui ont changé la face du monde. Mais plus précisément, c’est avec l’arrivée des technologies numériques et de l’information, avec IBM dans les années 1960, avec l’invention du microprocesseur dans les années 1970, et avec la montée de l’ordinateur personnel au début des années 1980, que la donne a changé et que cette élite technologique s’est progressivement installée.

D’une part, Steve Jobs et Bill Gates, à eux seuls, en rendant accessible à tous le pouvoir du traitement de l’information avec l’ordinateur personnel, ont systématiquement renversé le rapport de la relation à l’objet et l’information.

D’autre part, les sociétés Intel, Motorola et AMD, avec leurs microprocesseurs toujours de plus en plus performants, toujours de plus en plus puissants, ont accéléré une logique qui était déjà à l’œuvre depuis les débuts de la Révolution industrielle. La fibre optique — la possibilité de transporter de la lumière le long de fines fibres de verre —, au milieu des années 1980, a supporté le déploiement de cette révolution technologique, tout en n’oubliant pas que cette fibre optique est elle-même le fruit de la convergence de différentes technologies : fibroscope, laser, technologies du verre. Au milieu des années 1990, Internet s’est déployé à la vitesse grand V et a investi l’ensemble de l’activité économique.

C’est à la jonction et à la convergence de toutes ces technologies qu’informaticiens, techniciens, ingénieurs, inventeurs, biologistes, biochimistes, généticiens et investisseurs ont établi un nouveau pouvoir : celui des technologies numériques et de l’information. Non seulement ont-ils établi ce nouveau pouvoir, mais ils ont aussi établi une toute nouvelle élite, l’élite technologique, celle qui est en mesure de faire prévaloir les technologies comme solution aux problèmes de la société au détriment de toutes autres considérations humaines et sociales.

En ce sens, la technologie serait vraisemblablement détentrice de cette capacité à réussir là où ont échoué les vieilles politiques, de cette capacité à faire miroiter un nouvel Avenir radieux. Cette nouvelle élite, formée de technologues milliardaires, qui remplace graduellement, mais sûrement, l’ancienne élite des milliardaires détenteurs des grandes industries traditionnelles, est en passe de reconfigurer nos vies mêmes. Elle a déjà bien amorcé le processus.

Cette élite technologique est à la croisée des chemins, car elle a très bien compris qu’il faut disposer d’un nouveau plan d’affaires : (i) il ne s’agit plus d’avoir des acheteurs, il faut avoir des utilisateurs ; (ii) il ne sert à rien de produire la matière première, c’est-à-dire l’information, ce sont les utilisateurs qui le feront. Concrètement, Google, Facebook et Twitter n’ont pas besoin de produire de l’information, car elles utilisent celle que les utilisateurs produisent gratuitement. C’est l’achèvement du capitalisme. Travailler sans le savoir, et enrichir, dans la foulée, sans le savoir, la minorité agissante. Le modèle rêvé de tous les capitalistes patentés depuis Adam Smith. Le cauchemar de Karl Marx.

Cette élite technologique est également à la croisée d’autres chemins, car elle se croit réellement investie d’une mission, tout comme l’était en son temps Andrew Carnegie, l’homme le plus riche de son époque, de faire de notre monde un monde meilleur. Les chevaliers du capitalisme et les grands capitaines de l’industrie, au début du XXe siècle, engagés dans un constant processus de concurrence et de compétition, avaient pour idée que leur démarche était non seulement bénéfique, mais qu’elle était essentielle au progrès futur de la race. Armé d’une telle conviction, difficile d’imaginer que Carnegie ne croyait pas à ce qu’il disait. Les chevaliers de l’industrie des hautes technologies ne sont pas pour autant en reste dans leur affirmation de vouloir contribuer au progrès futur de la race — c’est la façon de le dire qui a changé.

Google ne dit-il pas « Don’t be evil » ? Google ne dit-il pas vouloir organiser la connaissance du monde ? Larry Page, le cofondateur de Google, ne dit-il pas que l’une des plus grandes réalisations de son entreprise est d’être parvenue à sauver des vies et d’avoir soulagé les pires angoisses existentielles des Internautes ? Ne suffit-il pas de taper quelques mots clés sur son moteur de recherche pour savoir de quoi il retourne face à tel ou tel cancer ? La Google Car, voiture sans conducteur, entièrement mue par une intelligence artificielle, selon Larry Page, sauvera plus de vies sur les routes que ne sauraient le faire toutes les campagnes de prévention et de sécurité publique.

Les affirmations sont fortes, à la limite délirante, mais elles sont pourtant perçues comme la ferme volonté de vouloir rendre le monde meilleur. Eric Schmidt, l’ex-PDG de Google, pour sa part, pense que cette « préoccupation sociale a avant tout à voir avec la culture même de la Silicon Valley, avec sa culture égalitaire et libérale » si chère aux grandes universités américaines de la Côte Ouest. N’est-ce pas à Berkeley et à San Francisco qu’est née la contre-culture hippie des années 1960 ? Eric Schmidt est persuadé que la majorité des gens qui désirent travailler chez Google ne sont pas seulement motivés par le désir de devenir riches, mais aussi, et sinon plus par celui de contribuer à changer le monde et à le rendre meilleur.

Aussi paradoxale que la chose puisse paraître, aussi élitiste que soit cette élite technologique, il faut poser un constat : elle est composée d’individus qui sont des forcenés de l’égalité sociale. Je m’explique. Cette élite technologique a compris depuis bien longtemps que tout ce qu’elle développe finit inévitablement par percoler dans toutes les couches de la société par le simple fait que chaque itération d’une technologie en abaisse drastiquement les coûts de production, la rendant ainsi accessible à tous. Aussi incongru qu’il soit possible de faire une telle affirmation, les technologies numériques démocratisent leur propre utilisation, parviennent à mettre tous les gens sur un même pied d’égalité.

Comment est-il possible d’arriver à un tel résultat ? La réponse à cette question est à la fois simple et complexe.

Ce qui différencie la portée et l’acceptation des technologies des grands idéaux sociaux, c’est qu’elles n’ont strictement rien à voir avec la politique. Même plus, les technologies sont apatrides. Le pouvoir technologique, s’il existe, n’a pas d’endroit où loger. Comme le soulignait si bien Adam Smith en 1776 dans son célèbre ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations : « Le propriétaire de terre est nécessairement citoyen du pays où est situé son bien. Le propriétaire de capital est proprement citoyen du monde, et il n’est attaché nécessairement à aucun pays en particulier[4]. » Plus qu’intéressante, cette réflexion annonçait déjà la nature même du capital, et à plus forte raison, celui détenu par l’élite technologique :

  • le propriétaire d’une entreprise de haute technologie n’est souvent pas citoyen du pays où sont situés ses biens ;
  • la matière première dont a besoin le propriétaire d’une entreprise de haute technologie, l’information, est gratuitement produite par une vaste base d’utilisateurs disséminés partout sur la planète ;
  • l’endroit où sont situés les bâtiments qui hébergent les serveurs qui traitent et stockent les données de l’entreprise doit répondre à quatre critères : (i) un pays où le système politique est stable ; (ii) un pays qui offre des avantages fiscaux aux entreprises de haute technologie ; (iii) un pays qui offre une alimentation électrique à bon marché ; (iv) un pays qui, malgré tout, sait fort bien que cette implantation créera peu d’emplois et peu de revenus sur son territoire.

Elle est là, en partie, la vraie révolution technologique, dans cette capacité à être apatride, à étendre sur toute la planète ses activités. Autrement dit, cette révolution technologique qui, à elle seule, a su créer un tout nouveau secteur économique extrêmement rentable, qui ne possède pratiquement aucune infrastructure industrielle, qui n’importe et n’exporte rien, sauf de l’information qui transite d’un serveur à l’autre, a mené à son extrême l’idée d’Adam Smith, à savoir que le propriétaire d’une entreprise de haute technologie et son capital ne sont attachés nécessairement à aucun pays, et qu’« il serait bientôt disposé à abandonner celui où il se verrait exposé à des recherches vexatoires qui auraient pour objet de taxer un impôt onéreux, et il ferait passer son capital dans quelque autre lieu où il pourrait mener ses affaires et jouir de sa fortune plus à son aise[5]. »

Le résultat de cette révolution technologique, comme Adam Smith l’avait si bien anticipé, est une élite qui pense globalement, essentiellement motivée par ses intérêts économiques. Paradoxalement, alors que les propriétaires de ces entreprises et leurs capitaux ont été mondialisés, les gouvernements et leurs populations, pour leur part, sont encore et toujours confinés aux limites géographiques de leurs frontières. Et cette dynamique nous permet de comprendre comment ces gens sont connectés ou liés au reste de la population, comment ils ont pu devenir cette élite technologique, quelles sont les institutions qui les représentent, quels sont les motifs qui les animent, quels sont les gens et les endroits qu’ils fréquentent.

Pour sa part, la mondialisation a non seulement remis en question l’économie, la finance et la consommation, mais a surtout remis en question comment nous nous y prenons pour que nos vies aient un sens. Nous sommes conviés à une toute nouvelle façon de voir le monde à travers celle du prisme des technologies et des entrepreneurs.

Et dans toute cette histoire, l’acteur de premier plan, c’est nous. Nous devons apprendre un nouveau scénario pour réussir à vivre dans ce monde moderne, sans compter que nous devons constamment le réactualiser au rythme de l’instantanéité des médias sociaux. Pour tout dire, nous sommes devenus responsables de notre réussite ou de notre échec, c’est selon. La mondialisation nous a obligés à l’autonomie intégrale. Nous sommes non seulement devenus imputables de notre niveau de réussite économique, mais de tout ce qui se passe dans notre vie — c’est l’un des cadeaux que nous a offert la mondialisation qui aurait peut-être par ailleurs été impossible à réaliser sans l’apport des technologies numériques.

Au total, cette élite technologique « sait, de tout le savoir de sa conscience, combien l’homme est encore loin d’avoir épuisé les plus grandes possibilités, et combien de fois déjà le type d’homme s’est trouvé face à des décisions mystérieuses et des voies nouvelles[6]. » C’est une mission à laquelle cette élite technologique s’affaire avec sérieux et diligence. C’est une époque qui a besoin de cette élite technologique. La Guilde des ingénieurs de la vie en est son thuriféraire.

La Guilde des ingénieurs de la vie enseignera à l’homme que l’avenir de l’homme est sa volonté, que l’avenir de l’homme passe forcément par les technologies numériques, que l’avenir de l’homme passe forcément par une augmentation et une amélioration de lui-même.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

 Transhumanisme, défis et enjeux  

[1] AzoNano (2016), Lipid Nanocarriers Could Pave Way for Brain Cancer Treatment, May 23, URL : http://www.azonano.com/news.aspx?newsID=34691.

[2] AzoNano (2016), op. cit.

[3] Cioran, E. (1949), Précis de décomposition, Paris : Gallimard, p. 10.

[4] Smith, A. ([1776] 1805), Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, trad. Germain Garnier, Paris : H. Agasse, p. 327.

[5] Idem.

[6] Nietzsche, F. W., Par-delà bien et mal, § V.203.

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