Le complexe agroalimentaire, son poids social et économique

  Lutte contre l’obésité 

Le complexe agroalimentaire, son poids social et économique

À tout bien considérer, le complexe agroalimentaire et l’industrie de la restauration rapide représentent, à eux seuls, deux poids lourds de l’alimentation. Par exemple, la province de Québec, en Canada, avec plus de 8 millions d’habitants, est un cas de figure intéressant en soi. Une étude, commandée en 2009 par l’Union des producteurs agricoles du Québec, a démontré que les investissements dans le secteur agricole et de la transformation alimentaire ont généré plus d’emplois et de retombées économiques pour le même montant investi que dans l’industrie de la construction, de l’extraction minière, du pétrole et du gaz[1]. Toujours selon cette étude, la production et la transformation des produits agricoles ont généré, en 2007, plus de 174 000 emplois directs et indirects au Québec et entraîné des retombées économiques de plus de 13 milliards de dollars. À l’échelle d’une seule province, la chose n’est pas banale.

En comparaison, en France, dans un pays de plus de 66 millions d’habitants, le complexe agroalimentaire revendique la première position de tous les secteurs industriels confondus avec un chiffre d’affaires de plus de 150 milliards d’euros, regroupant plus de 10 000 entreprises qui emploient plus de 400 000 salariés[2]. Le complexe agroalimentaire français se concentre surtout sur la transformation de produits de l’agriculture et de la pêche en aliments et boissons pour l’homme ou l’animal. Dans la chaîne de valeur, les industries alimentaires françaises sont situées entre des producteurs ou des importateurs de matières premières agricoles et des réseaux de distribution qui alimentent le marché de consommation finale.

Finalement, dans un pays de plus de 317 millions d’habitants, le cas des États-Unis est tout à fait particulier. Le complexe agroalimentaire y occupe toutes les niches : depuis la machinerie agricole, les semences, la production agricole, ainsi que la production bovine et porcine, en passant par l’industrie de la transformation de la matière première et l’industrie de la transformation alimentaire, jusqu’à la distribution alimentaire et la restauration rapide. Premièrement, plus du sixième des emplois, aux États-Unis, est lié au complexe agroalimentaire[3]. Deuxièmement, les producteurs agricoles, à eux seuls, ont généré des ventes de l’ordre de plus de 297 milliards de dollars[4], soit une augmentation de 48 % par rapport à 2002. Troisièmement, les États-Unis exportent environ 30 % de leur production agricole[5]. Quatrièmement, le secteur de la transformation alimentaire, à lui seul, en 2010, a généré des profits de l’ordre de 9,95 billions de dollars[6]. Cinquièmement, avec plus de 300 000 restaurants et plus de 3,9 millions employés, l’industrie de la restauration rapide, dont la principale caractéristique repose sur l’uniformisation de l’aménagement des lieux, de l’expérience, de la confection, des ingrédients et des goûts, le tout articulé autour du concept de la franchise, a généré un chiffre d’affaires de l’ordre de 199,4 milliards de dollars en 2013, soit une augmentation de plus de 69 milliards par rapport à 2002[7].

Au vu de ces chiffres, il est plausible d’admettre que la capacité du complexe agroalimentaire et de l’industrie de la restauration rapide à influer sur les pratiques alimentaires n’est pas anodine et qu’elle a un impact bien réel et mesurable.

Comme l’illustre le tableau ci-dessous, la consommation alimentaire mondiale semble bel et bien évoluer et concorder dans ce sens pour une bonne part avec les produits proposés par le complexe agroalimentaire. Une telle croissance de certains types de produits et une telle prépondérance de l’offre alimentaire ne peuvent qu’avoir des impacts importants sur la construction des pratiques alimentaires.


Source : FCC-FAC (2011), « L’évolution de la consommation alimentaire », À la fine pointe : Les tendances de la consommation, 12 avril, p. 10.

Le prochain tableau, répertoriant les 12 aliments les plus prisés par les Américains, brosse un portrait tout à fait éclairant à ce sujet, puisque se retrouvent, dans les dix premières positions, des aliments denses en énergie : collations sucrées à base de céréales, sodas et boissons énergétiques, pizzas, pâtes alimentaires, desserts à base de lait, céréales prêtes à manger.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

Lutte contre l’obésité

[1] Doyon, M., Olar, M., Jacques, L.S., Nolet, J., LeBreton, M. (2009), Retombées économiques de l’agriculture pour le Québec et ses régions : rapport Final, Québec : Eco Ressources Consultants.

[2] PIPAME (2012), Enjeux et perspectives des industries agroalimentaires face à la volatilité du prix des matières premières, étude réalisée par Deloitte Conseil et GCL Développement Durable, p. 11.

[3] USDA (2007), National Agricultural Statistics Service, Census of Agriculture, March 15th.

[4] U.S. Census Bureau (2011), Statistical Abstract of the United State, Agriculture, section 17, September 27th.

[5] USDA (2007), Frequently Asked Questions About Agricultural Trade, Foreign Agricultural Service.

[6] USDA (2010), Economic Research Service, FAQs.

[7] Statista (2014), Revenue of the fast food restaurant industry in the U.S. from 2002 to 2013 (in billion U.S. dollars), The Statisical Portal.

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