L’omniprésence de la calorie

  Lutte contre l’obésité 

L’omniprésence de la calorie

La calorie, depuis le début du XXe siècle, s’est imposée comme mesure du sain et du malsain. Malsain, dans le sens où si elle est ingérée en trop grande quantité, elle risque de favoriser la prise de poids. Sain, dans le sens où si elle est consommée en quantité raisonnable, c’est-à-dire le seuil énergétique qu’exige quotidiennement le corps, elle ne pose aucun problème. Mais voilà, la calorie est présente dans le moindre aliment.

L’industrialisation de l’agriculture et de la transformation alimentaire, le développement de la restauration rapide, l’abondance accrue des aliments, un mode de vie devenu de plus en plus sédentaire, des emplois exigeant de moins en moins de force physique, le développement de la banlieue à l’américaine, les interminables heures passées devant la télévision, l’ordinateur ou la console de jeux, sont tous des phénomènes qui ont largement contribué à loger la calorie dans les moindres recoins de l’existence.

Elle est dans ce smoothie acheté au coin de la rue, dans la barre tendre, dans les sodas, dans le fast-food, dans les frites, dans les hamburgers, dans les mets préparés, dans les céréales, dans les pizzas, etc. Elle se retrouve dans les distributeurs automatiques installés dans les écoles, les hôpitaux, les cafétérias, les arénas, les cinémas, les lieux publics. Elle est même dans le type d’emploi occupé, là où elle ne peut être brûlée, favorisée par un travail qui exige peu d’effort physique. Elle se cache insidieusement dans les moyens de transport motorisés pour se rendre au travail. Elle s’embusque même dans l’aménagement d’un tissu urbain qui ne favorise pas l’activité physique : absence de trottoirs, d’éclairage adéquat, de sentiers pédestres, de pistes cyclables. Elle trouve également refuge dans l’espace bâti où les règlements de zonage uniformisent le mode d’habitation, éloignant d’autant l’accès par ses propres moyens de locomotion aux commerces.

En somme, l’impact de la calorie malsaine serait surmultiplié par la seule configuration des milieux de vie auxquels le corps a accès. Conséquemment, la calorie est devenue un paria de la santé. Il faut désormais la compter, la mesurer, la débusquer, l’afficher, la maîtriser et trouver tous les moyens possibles pour en juguler ses impacts négatifs. Il s’agirait d’un euphémisme de dire que l’un des plus importants facteurs favorisant la prise de poids concerne l’alimentation, et que cette alimentation se retrouve partout, a fortiori lorsqu’elle s’affiche sur les enseignes publicitaires.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

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