Contenir le corps et ses manifestations

  Le corps idéal 

Contenir le corps et ses manifestations

Deux événements, au XVIIe siècle, supporteront la mise en pratique des devoirs imposés par la contenance de soi :

  • les traités de civilités qui engagent le corps dans une pratique de modération et de retenue[1] ;
  • le passage du statut d’être un corps à celui d’avoir un corps dont l’individu est individuellement et socialement responsable — un corps devenu porteur d’identités sociales, un corps devenu vecteur d’épanouissement.

Par exemple, les débordements adipeux de l’obèse sont la preuve d’un défaut de contenance de soi : ils se lisent dans son physique. Il y a en lui quelque chose de non maîtrisé et d’ingouvernable, qui menace son corps à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. De l’intérieur, parce que son métabolisme, devenu ingouvernable par son attitude elle-même non gouvernée, semble sans cesse produire de la masse adipeuse. De l’extérieur, parce qu’il ne sait résister ou établir le juste équilibre entre toutes les tentations qui lui sont proposées. Dans un tel contexte, le corps n’est pas un vecteur d’épanouissement, car l’épanouissement passe forcément par la contenance de soi.

La gouvernance de soi[2], quant à elle, renvoie à la capacité d’un individu à établir un juste rapport à la collectivité et au monde en général. Cette saine gouvernance de soi n’est rendue possible qu’à la condition expresse de mettre en pratique de façon efficace les quatre devoirs imposés par la contenance de soi, c’est-à-dire que la pratique de ces devoirs forme un ensemble de contrôles positifs qui permettent le gouvernement de soi. La contenance de soi est donc au cœur même de l’exercice de la gouvernance de soi. Elle a tout à voir avec le lien social, au moi en compagnie, à l’individu en société, au lien avec l’autre : elle est cette capacité au self-control.

Autrement dit, une fois les quatre devoirs de contenance de soi correctement accomplis, qui permettent d’établir un juste rapport à soi-même et à son propre corps, il est dès lors possible d’établir un juste rapport au collectif et au monde en général. Plus spécifiquement, la contenance de soi est la condition sine qua non à la gouvernance de soi. Conséquemment, une gouvernance de soi correctement menée sous l’égide de la contenance de soi est en quelque sorte garante de l’ordre social.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

  Le corps idéal  

[1] « Faire bonne, mauvaise contenance. Témoigner ou non de la fermeté. Nous étions sans armes. Cependant nous fîmes bonne contenance », (About, La Grèce contemporaine, 1854, p. 389) ». Par ext. : « Garder ou non son sang froid. [Elle] cherchait à faire bonne contenance, mais elle était au fond fort intimidée », (Drieu La Rochelle, Rêveuse bourgeoisie, 1939, p. 311).

[2] Non pas dans le sens de la question de la liberté humaine, mais bel et bien dans le sens du gouvernement de soi.

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