Greta Thünberg se fâche…

Le 20 septembre 2019, sur Twitter, Greta Thünberg affirmait ceci :

« Plus de 4 millions sur #ClimateStrike aujourd’hui. Dans 163 pays. Et ça augmente…  Si vous faites partie du petit nombre de personnes qui se sentent menacées par nous, alors nous avons de très mauvaises nouvelles pour vous : Ce n’est que le début. Le changement s’en vient – qu’on le veuille ou non. #Vendredi pour l’avenir. »

4 millions de manifestants, ça représente environ 0,06 % du total de la population humaine actuelle. Certes, on pourrait se dire que la chose est non significative, mais ce n’est pas le cas, car les écologistes font partie d’une minorité agissante, et les minorités agissantes, à force de lancer sur la place publique des énoncés performatifs (énoncé qui réalise lui-même ce qu’il énonce), arrivent à mobiliser de larges groupes de personnes qui finissent par imposer leur vision du monde.

Greta Thünberg s’inscrit dans cette mouvance politique qu’est l’écologisme. Il importe ici de rappeler que l’écologisme ne relève pas de la science, mais bien de l’activisme politique. Certes, l’écologisme revendique les données de la science pour produire des énoncés performatifs, mais il ne s’agit pas de science, mais bel et bien d’un discours mobilisateur.

Concrètement, l’écologisme, ou écologie politique, est « un courant de pensée tendant au respect des équilibres naturels et à la protection de l’environnement contre les nuisances de la société industrielle1. » L’écologisme est donc stricto sensu une idéologie, c’est-à-dire « un discours portant sur les faits et les valeurs et cherchant à obtenir le soutien des populations pour entériner tel ou tel choix collectif5. » Spécifiquement, « la thématique écologiste se construit d’abord, dans son origine comme dans sa tonalité et son apparence, comme une critique fondamentale de la société industrielle et de ses aspects productivistes, technocratiques et de consommation6. » Elle est donc une critique en bonne et due forme des modes de production issus de la Révolution industrielle, remettant en cause les fondements du capitalisme, de ses objets et de ses méthodes.

De là, l’écologiste est celui qui adhère aux valeurs proposées par l’écologisme. Cette adhésion peut se traduire soit par une mise en pratique toute personnelle de comportements et attitudes hygiénistes ou sanitaires destinés à sauver la planète, soit par une certaine forme de prosélytisme visant à convaincre ses semblables d’adhérer aux valeurs de l’écologisme, soit par son implication citoyenne dans la collectivité. Dans les deux cas, soit en privé, soit en groupe, il s’agit d’afficher sa conviction environnementaliste.

C’est la double dynamique dans laquelle se trouve Greta Thünberg, instiller la peur vs conjurer la peur, et l’écologisme (écologie politique) a, par les temps qui courent, le vent en poupe et ne cesse de gagner du terrain. Comme le souligne l’historien des sciences Jean-Paul Oury,  « tous ces mouvements arrivent avec des propositions radicales pour changer la société, dont la plupart font passer la fin avant les moyens : l’important étant d’atteindre l’objectif climatique fixé. »

Ce à quoi nous sommes collectivement conviés par le discours de l’écologisme, c’est à une remise en question en profondeur de la société. Et cette dynamique fonctionne efficacement bien, car elle a la capacité de produire des énoncés performatifs dont la portée est sans équivoque. Faut-il ici préciser que l’ensemble des énoncés performatifs du discours de l’écologisme ont aussi la capacité de mobiliser également les institutions. Du moment que les institutions et les individus seront massivement mobilisés, nous serons en présence d’un fait social total capable de générer de nouvelles normes sociales.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019

___________
[1] Matagne, P. (2003), « Aux origines de l’écologie, Innovations », Cahiers d’économie de l’innovation, n° 18, p. 31.
[2] Dumont, L. (1985), Essais sur l’individualisme. Une perspective anthropologique sur l’idéologie moderne, Seuil : Paris, p. 16.
[3] Le Prestre, P. (2005), Protection de l’environnement et relations internationales – les défis de l’écopolitique mondiale, Paris : Armand Colin.

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