Quand vient le temps de reprendre sa recherche scientifique en mains

Ma spécialité, en tant que sociologue et linguiste, porte sur l’analyse des grands discours mobilisateurs. Et c’est bien là tout le défi, car j’ai parfois une fâcheuse tendance malsaine à m’éparpiller du moment qu’un sujet m’interpelle, alors que je devrais me concentrer sur ce qui fait avant tout sens dans ma recherche scientifique.

De 2015  à 2019,  depuis la fin de mon doctorat en sociologie en fait, je me suis particluièrement intéressé à la sociologie visuelle. J’ai produit et réalisé sept documentaires qui ont tout de même connu un certain succès, malgré les sujets très pointus qu’ils prétendaient analyser. Ce que je retiens de cette aventure dans le monde de la sociologie visuelle, c’est qu’elle m’a permis de constater à quel point nous ne disposons pas d’un modèle sociologique éprouvé pour analyser l’émergence des grands discours mobilisateurs. Et en cette fin d’année 2019, quelques uns de ces discours se partagent la construction d’une autre vision du monde et de l’homme : écologisme, transhumanisme, intelligence artificielle, migration et multiculturalisme, pour ne citer que ceux-ci.

On dit souvent que le sociologue, par pur devoir de réserve scientfique, doit s’extirper du débat public et analyser les faits objectivement pour ce qu’ils sont. Mon erreur, et je l’admets, est parfois de penser qu’il faut s’investir dans le vie publique comme Pierre Bourdieu le faisait. À partir de cette position, plusieurs dérives deviennent possibles. En fait, ce qui m’a mis sur la piste de cette réflexion, c’est une discussion récente tenue avec ma collègue sociologue, Lydia Arsenault, concernant la Théorie du genre, car je l’avoue, j’ai une opinion très arrêtée à ce sujet. Et c’est là tout le problème, car l’opinion ne sied pas au chercheur.

Alors que ma spécialité est l’analyse sociologique des discours mobilisateurs, plutôt que d’avoir une opinion à propos de la Théorie du genre, j’aurais plutôt dû m’intéresser aux conditions d’émergence de ce discours. Et le pire dans l’affaire, c’est que ma thèse de doctorat a essentiellement portée sur la question de l’émergence des discours. Si on y regarde le moindrement de près, et je l’avoue en toute humilité, j’ai intellectuellement erré au cours des cinq dernières années.

Donc, 2020 et les années qui suivront seront essentiellement consacrées à fonder un modèle d’analyse qui permettra de comprendre la mécanique à l’oeuvre derrière l’émergence des discours mobilisateurs. D’ailleurs, à ce sujet, j’ai deux essais qui paraîtront chez des éditeurs réputés en 2020. Et les documentaires que je produis et réalise contribuent à établir un pont entre la théorie et la réalité.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 30 décembre 2019

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