Franges visuelles

►   Sociologie visuelle, une introduction


Définition
Une frange visuelle prend généralement la forme d’un terrain en friche ou d’un bâtiment à l’abandon. Ses limites sont à la fois précises et imprécises. Précises, dans le sens où elles sont géographiquement circonscrites. Imprécises, dans le sens où elles ne sont pas tout à fait socialement circonscrites, c’est-à-dire dont la fonction sociale n’est pas clairement déterminée.

Après avoir travaillé sur les notions de repères, de réseaux, de parcours et de territoires visuels, et après avoir parcouru plusieurs quartiers et pris des milliers de photographies pour en rendre compte, je me suis aperçu qu’il existe, en milieu urbain, des zones intermédiaires de type frange.

Par exemple, situé à l’intersection des rues St-Joseph et Monseigneur-Gauvreau dans la portion revitalisée du quartier St-Roch de Québec, ce local représente dans la photo ci-dessous, ancien commerce de proximité, est par la suite devenu une piquerie, a été squatté par des SDF, a été placardé par les autorités municipales, interdit d’utilisation, et est aujourd’hui un bâtiment tout à fait en phase avec la revitalisation du quartier.

▼ Bâtiment à l’abandon, quartier St-Roch, Québec

Les deux photographies ci-dessous sont intéressantes à plus d’un égard, car elles témoignent de la transformation d’un local commercial en frange visuelle en l’espace d’à peine 8 mois. Situé sur la rue St-Joseph dans le quartier St-Roch (Québec), encastré entre un restaurant (à gauche) et un centre communautaire (à droite), il est possible de constater, sur la première photo, que le commerce est sur le point de fermer ses portes, car il y a une affiche indiquant « Vente fin de bail » (le commerce a définitivement fermé ses portes le 30 juin 2014).

▼ Le local commercial occupé, 2014

Sur la deuxième photo, il est possible de constater que la façade du même local a subi une métamorphose impressionnante : de bâtiment à la fonction sociale précise, il est devenu un bâtiment à la fonction sociale imprécise. L’espace restreint de la façade de ce bâtiment est clairement devenu une frange. À quelques reprises, j’ai vu là des hommes uriner, d’autres fumer des joints, d’autres faire des transactions illicite, et en ce sens, il est pertinent de souligner que l’état de délabrement d’un espace donné incite aux incivilités (théorie de la vitre brisée) et à certaines formes de criminalité.

▼ Le local commercial abandonné à la façade graffitée, avril 2015

Comme le souligne le chercheur Georges Vignaux, on pourrait baptiser aussi ces espaces : « les marges » au sens de l’abandon, du sans destination, du non affecté, de la « zone », « à ban » comme on disait autrefois pour désigner l’espace des bannis et qui a donné « la banlieue ». Cela rejoint la notion de franges visuelles.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte et photos

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