L’augmentation du niveau de vie et ses impacts

Avec la notion de Révolution industrielle, je poursuis ici mon analyse des mythes et des grands discours mobilisateurs. Pour rappel, un mythe n’est pas une fabulation. Un mythe fournit une vision du monde, fonde le lien social, normalise les comportements et les attitudes.


1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9

Au début du XXe siècle, dans la grande région de Détroit, un certain Henry Ford propose une toute nouvelle façon de vivre et de travailler : « Amenez vos mains au travail et laissez le reste à la maison ! » C’est son leitmotiv. Sur les chaînes de montage, l’employé devient une pièce interchangeable, tout comme les pièces qu’il installe sur la Ford modèle T. Mais peu importe. Cet individu a désormais un travail. Il est sorti de la campagne. Il a accédé au monde enchanteur de la consommation. Son niveau de vie a significativement augmenté. Il a commencé à vivre une vie que ses parents et grands-parents n’auraient jamais pu imaginer dans leurs rêves les plus fous. Non seulement a-t-il été arraché à la terre, mais il a aussi été arraché au temps long, celui des jours qui se succèdent lentement au rythme du soleil et des saisons. Il est entré dans le temps court, celui des minutes qui se succèdent sur une chaîne de montage. Et là, il y a un glissement important pour la suite de sa vie tout au long du XXe siècle.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la classe moyenne s’installe définitivement et domine le paysage économique. Peu de riches. Peu de pauvres. C’est le boom de l’après-guerre tous azimuts. Démographie, consommation, éducation, banlieues, réseaux autoroutiers, voyages en avion, camionnage, marketing, etc. Tout prend une autre dimension. L’individu est submergé. Le voilà confronté à une multitude de possibilités, tant sur le plan personnel que professionnel. Les emplois changent à vue d’œil. La télévision s’impose. L’homme s’apprête à conquérir l’espace. IBM est sur le point de commercialiser le premier grand ordinateur commercial. C’est le passage définitif à l’homo economicus. Il n’est plus tout à fait la pièce interchangeable et les mains dont Henry Ford avait besoin. Il a acquis une valeur supplémentaire.

« Amenez vous tout entier au travail et ne pensez plus à la maison ! » pourrait dire le patron des années 1950 et 1960. On demande maintenant à l’employé d’utiliser son cerveau de neuf à cinq dans des bureaux modernes où s’entassent des centaines de travailleurs comme lui. Le secteur des emplois tertiaires est en pleine croissance. Les salaires augmentent, tout comme l’inflation. L’individu peut désormais se construire un récit de vie.

Ce n’est pas que le boulot qu’il fait est des plus passionnants, mais il a le mérite de pouvoir lui offrir l’accès à une propriété, à une voiture, à des divertissements, à de bons collèges pour ses enfants, à une assurance maladie, le tout suivi d’un petit effet collatéral, l’endettement. Il entre pour une entreprise, y fait carrière, s’épanouit parfois, s’ennuie parfois, acquiert de l’expérience et prend finalement sa retraite.

Voilà, le tour est joué… Une vie bien remplie à l’aune du sentiment de peut-être avoir accompli quelque chose. C’était la vision du monde au sortir de la Seconde guerre mondiale.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020
© Photo entête, Ryoji Iwata

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.