Le chercheur doit-il s’impliquer dans une cause ?

De temps à autre, je reçois des invitations pour associer mon nom à une cause écologiste, de signer un manifeste ou d’appuyer une déclaration environnementaliste.

Et c’est là où les choses deviennent intéressantes à plus d’un égard. Depuis la publication de mon essai « L’écologisme ou le succès d’une idéologie politique » en février 2020 et de la diffusion de mon documentaire « Verdir la ville un arbre à la fois », plusieurs pensent que je suis un écolo-environnementaliste engagé, militant et convaincu. Rien de plus loin de la réalité !

Je m’explique. Tout d’abord, mon essai ne fait pas l’apologie de ce courant politique qu’est l’écologisme, bien au contraire. Il explique comment le discours de l’écologisme s’est structuré, en démonte les mécanismes, et met en lumière comment il est parvenu à devenir un fait social total en mobilisant à la fois les individus et les institutions. Et si vous lisez mon essai, et si vous êtes un écolo-environnementaliste, vous ne l’apprécierez peut-être pas !

Quant à mon documentaire « Verdir la ville un arbre à la fois », il n’a aucune vocation environnementaliste, mais bien une vocation de santé publique qui met en lumière les contradictions des villes dans leur volonté d’augmenter la canopée urbaine des quartiers centraux tout en permettant aux promoteurs immobiliers d’abattre des arbres. À un moment donné, il faut cesser de penser que tout doit répondre et se soumettre à la doxa environnementaliste.

Autrement, en tant que chercheur, je ne m’implique jamais dans aucune cause, quelle qu’elle soit. Je considère que le chercheur est là pour éclairer le débat public et non en faire partie. En fait, la distance est cardinale à tout jugement critique. Il ne sied pas au chercheur, comme le soulignait mon collègue sociologue Olivier Bernard, de faire le passage d’être un « sociologue qui analyse la chose » à un « sociologue qui défend un angle de la chose ».

De plus, je considère que la sociologie ne relève pas de l’activisme, mais de l’analyse, qu’elle n’est pas « un sport de combat », et en ce sens, je pense que tout chercheur qui accepte de signer un quelconque manifeste ou qui accepte de souscrire à une quelconque déclaration fait preuve de manque de jugement.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020
© Photo entête, Alternatiba

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