Le gras alimentaire, l’ennemi public déclaré

L’aventure du corpsLe corps idéalLa quête du corps parfait


Avec la publication, au milieu des années 1950, des premiers résultats de la Framingham Heart Study, chaque aliment devient potentiellement un vecteur de menaces, d’incertitudes et de peurs pour la santé. Le mauvais cholestérol, devenu l’ennemi numéro un à combattre, est décrété responsable de plusieurs problèmes coronariens.

La graisse, sous toutes ses formes, qu’elle s’épande dans le corps ou qu’elle loge dans certains aliments, est traquée. Dans cette perspective, le corps obèse devient le concentrateur de toutes ces menaces pour la santé, car celui-ci est gavé de calories et de graisses qui conduisent au développement de problèmes métaboliques et cardiovasculaires.

Ce faisant, la surveillance quasi systématique de tout ce qui est ingéré est une pratique à adopter pour contrer la prise de poids. Lentement, mais sûrement, la lutte contre la graisse, sous toutes ses formes, en amont comme en aval, qu’elle soit déjà logée dans le corps ou dans le moindre aliment, est devenue une construction sociale vouée à maîtriser, contrôler, normaliser et réguler sa prise.

Le corps obèse condenserait donc à la fois excès de graisse et opprobre. La nature même du corps obèse, son expansion, son relâchement, sa fluidité, sa découpe mal définie et sa tendance à exsuder inspirerait le rejet et l’aversion. Dès lors, le corps obèse suggère de se tenir à distance et de tout faire pour éviter d’y ressembler. Conséquemment, toute tentative de réduire les dimensions du corps obèse en se soumettant à une diète sévère, en faisant de l’exercice, en consommant des médicaments ou en subissant une quelconque chirurgie, répond à une finalité : contrecarrer chez les autres cette aversion que provoque le corps obèse.

Cette volonté affirmée de contrecarrer chez les autres cette aversion suggère dès lors que l’aversion serait avant tout une opposition tranchée entre ce qui est considéré comme normal et anormal, délimitant ainsi les frontières du lien social. Par exemple, être mince, dans la société du XXIe siècle, est considéré comme normal, alors qu’être obèse ou même en simple surpoids est considéré comme anormal.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte
© Narda Yescas / photo entête

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