Le coronavirus et les erreurs journalistiques

Dans un tweet dont seul Nassim Taleb a le secret, tout en se fondant sur l’ensemble de son œuvre à propos de l’incertitude, ce dernier à souligné que « L’Italie ne met pas à risque son économie pour combattre le virus. Elle réduit le risque pour l’économie en luttant contre le virus. Si le coronavirus a prouvé quelque chose, c’est que le demi-savoir (journaliste, psychologue) est le plus grand danger pour l’humanité. »

Ici, deux choses à retenir dans l’intervention de Nassim Taleb : le manque de connaissance des journalistes et le verrouillage médiatique.

Premièrement, le journaliste n’a pas été formé pour évaluer des faits scientifiques, encore moins pour comprendre une analyse statistique ni pour saisir la complexité de certains phénomènes sociaux. Certes, le journaliste a été formé selon les critères de l’« objectivité journalistique », mais cette objectivité est à cent lieues de l’objectivité requise en science. Dès les débuts d’une quelconque crise sociale, les médias présenteront différents points de vue pour équilibrer les positions (objectivité journalistique oblige), les pour et les contre seront soupesés, mais, peu à peu, une ligne éditoriale émergera et deviendra le discours médiatique porteur.

Deuxièmement,  le verrouillage médiatique se produit du moment qu’émerge graduellement le discours médiatique porteur. Dans le monde des médias, un discours médiatique porteur est un discours qui s’articule autour de quatre critères :

  • l’intérêt du public pour le discours proposé ;
  • la surinformation à propos d’un thème doit devenir ce par quoi passe le message ;
  • le discours doit être susceptible de faire vendre de la copie ou de gagner en audimat ;
  • le discours doit faire vendre de la publicité (selon l’ancien modèle des médias de masse).

Une fois convaincu de la portée sociale et financière des thèses d’un discours médiatique, la logique propre aux médias s’active, c’est-à-dire qu’il se crée tout d’abord une unanimité sur le sujet dans presque tous les médias de masse, de là le verrouillage médiatique.

Autrement dit, plus le temps avance, plus le discours médiatique se verrouille dans une direction bien précise, plus l’information se dégrade — entropie journalistique.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte
© Photo entête, CNN

 

3 commentaires

      1. Eh oui, il semble détester les sociologues, ce que je suis, et patenté en plus, avec le doctorat à l’avenant !!! Toutefois, Taleb a parfois quelques fulgurances que le sociologue que je suis peut récupérer pour les recaler dans une démarche sociologique !

        Un jour je répondrai par une solide argumentation à monsieur Taleb afin de lui démontrer que le sociologue qui travaille sur le terrain a une connaissance empirique et non théorique des réalités sociales.

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