Le savoir médical et sa pratique au XIXe siècle

Épidémies et maladies infectieuses → XIXe siècle


Au début du XIXe siècle, le médecin français François-Xavier Bichat (1771-1802) découvre les tissus. Après 1850, François Magendie (1783-1855) et Claude Bernard (1813-1878) renouvellent la physiologie à travers l’image d’un corps sain et non malade. Il est essentiel de se placer du point de vue de la santé pour comprendre la maladie : « les symptômes pathologiques ne sont rien de moins que le résultat de propriétés nouvelles créées par l’état pathologique[1]. »

Entre 1850 et 1860, Louis Pasteur est une révolution en lui-même. D’endogène, la maladie devient exogène : le microbe est désormais le vecteur de l’agression et la chimie entre dans la médecine. Pasteur invente les milieux de culture et « met en évidence la variance des espèces et montre que, lorsqu’on affaiblit les infiniment petits, on les rend acceptables par l’organisme : il y a atténuation du pouvoir pathologique des germes, ce qui a permis de découvrir les vaccins[2] (Vignaux, 2009 : 192) » ; c’est la naissance de la microbiologie.

À partir des travaux de Robert Hooke élaborés au XVIIe siècle, « on va montrer que la maladie part de la cellule qui subit des dérèglements dans ses fonctions essentielles (former, nourrir et faire fonctionner les éléments du corps). » Toute une série de découvertes verront le jour :

  • celle des chromosomes et des gènes entre 1883 et 1888 à partir des travaux de Gregor Mendel portant sur l’hybridation ;
  • celle de l’endocrinologie[3] avec Claude Bernard ;
  • celle du diabète confirmée par un état pathologique d’une glande endocrine spécifique, le pancréas ;
  • celle du système immunitaire, le 6 décembre 1890, avec Charles Robert Richet (1850-1935), qui injecte du sérum à un tuberculeux à l’Hôtel-Dieu de Paris ;
  • celle de la sérothérapie, avec Émile Roux (1853-1933), qui constate que, après avoir vacciné un cheval en lui injectant des doses croissantes de toxine diphtérique, il y a production de grandes quantités d’anticorps antidiphtériques, d’où l’idée de transférer le sérum à des malades atteints de la diphtérie.

Le paradigme de la thermodynamique pénètre le savoir médical et considère définitivement le corps comme une machine énergétique à partir duquel l’aliment ingéré est « brûlé » et transformé en énergie. C’est bien d’un système d’équilibre des énergies dont il est question ici. L’ingestion de nourriture n’est plus un simple cumul ni un simple rejet : elle est combustion. Cette idée de mise en énergie traverse tout le XIXe siècle. La gymnastique médicale fait désormais partie de cette hygiène nouvelle. Le souffle, la capacité pulmonaire, est pris en compte, détermine le coefficient des capacités de l’individu.

La pratique médicale se transforme radicalement avec l’École clinique de Paris. C’est l’apparition de l’hôpital moderne et de sa dynamique tout à fait particulière : dans un premier temps, l’architecture de l’hôpital est repensée en fonction de considérations thérapeutiques et hygiéniques ; dans un second temps, l’hôpital devient un véritable lieu d’enseignement.

C’est là, sous la direction de médecins expérimentés, que doit se faire la formation des étudiants où la médecine et la chirurgie se réunissent et se confondent : « Cette double réorganisation des hôpitaux et des études de médecine va contribuer à transformer la vision des médecins de l’époque. L’hôpital, en fournissant quantité de cas, qu’il est possible d’observer et de comparer d’une manière rigoureuse, fait évoluer la conception de la clinique. […] L’observation est désormais rigoureusement organisée et standardisée sur le modèle des sciences naturelles. Le malade est ausculté, interrogé et écouté suivant un processus bien déterminé : ces symptômes sont notés et analysés ; son cas est comparé à tous les autres cas disponibles au sein de l’hôpital[4]. »

L’École clinique de Paris se distingue par quatre traits : (i) l’affirmation que les maladies sont essentiellement localisées ; (ii) l’affirmation de l’identité du normal et du pathologique, aux variations quantitatives près. « La santé suppose l’exercice régulier des fonctions : la maladie résulte de leur irrégularité ; la mort, de leur cessation[5] ».

Ce concept médical de « normal » définit non seulement l’état de santé d’un individu, mais devient aussi préoccupation sociale. Il n’est plus question de se demander quelle est la nature de la condition humaine comme au siècle des Lumières, mais bien de savoir, qui, dans la société, est normal ou non ; la médecine n’est plus simplement un art, mais une science — il faut que le médecin scientifique mette en œuvre des moyens et des ressources pour rétablir les fonctions dérangées du malade, qu’il revienne à son état normal — ; la médecine a un caractère fondamentalement optimiste en ce qu’elle peut régler une multitude de problèmes de santé : « le puissant cadre d’interprétation de la pathologie offert par la bactériologie nourrit ce pouvoir médical que la science étaye[6]. »

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte
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[1] Delaporte, F. (2011), Expérimenter sur l’animal, in Aux origines de la médecine, dir. Didier Sicard, Georges Vigarello, Paris : Fayard, p. 148.

[2] Vignaux, G. (2009), op. cit., p. 193.

[3] Étude des glandes endocrines (thyroïde, parathyroïde, surrénale, hypophyse, etc.) et de leurs hormones (substances chimiques produites par les glandes qui ont une action spécifique sur des organes).

[4] Braunstein, J. F. (2011), « Paris 1800 : la naissance de la médecine moderne », Aux origines de la médecine, dir. Didier Sicard, Georges Vigarello, Paris : Fayard, p. 134.

[5] Braunstein, J.F. (2011), op. cit., p. 140.

[6] Rasmussen, A. (2011), « Pouvoir de la médecine, médecine du pouvoir », Aux origines de la médecine, dir. Didier Sicard, Georges Vigarello, Paris : Fayard, p. 180.

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