De Pasteur à Lister à l’asepsie

Épidémies et maladies infectieuses → Impacts et constats


En 1865, Joseph Lister, chirurgien britannique, inspiré par les travaux de Pasteur, pose le constat suivant : « Les recherches Pasteur ont démontré que la propriété septique de l’air ne dépend pas de l’oxygène, ou de tout autre composant gazeux, mais de minuscules organismes qui y sont en suspension. Il m’est apparu que l’infection d’une partie du corps après une intervention chirurgicale pourrait être évitée sans exclure l’air, par la simple application d’un pansement capable de détruire les micro-organismes. Sur ce principe, j’ai fondé une pratique [… basée] sur l’acide phénique, un composé organique volatil, qui semble avoir un effet particulièrement destructeur sur les micro-organismes, et qui serait, par conséquent, l’antiseptique le plus puissant que nous connaissions à l’heure actuelle[1]. »

L’antisepsie était née, le listerisme également : « tout traitement qui contribue à l’exclusion de tous microbes d’une plaie […] dont la technique centrale consiste à utiliser l’acide phénique comme agent antibactérien[2]. »

À l’instar de Semmelweis, fortement critiqué pour le lavage des mains, Joseph Lister se retrouve confronté à la même situation. L’une des principales attaques vient du chirurgien britannique Lawson Tait, président du Manson College de Birmingham : « Tout comme aux XVIe et XVIIe siècles où un simple fait pouvait être qualifié de théorie, Lister et ses disciples encore plus illogiques que lui-même parlent de la théorie du septique ou de l’antiseptique, alors qu’il n’existe aucune théorie à ce sujet, mais bien plutôt une erreur de logique absolue et ridicule[3]. »

Malgré toutes les attaques, malgré tous les dénigrements, les méthodes antiseptiques proposées par Lister marquent non seulement une contribution importante au savoir et aux pratiques médicales entre 1867 et 1875, mais elles impliquent également un changement radical dans la compréhension des phénomènes infectieux et des mécanismes de transmission des infections.

Conséquemment, les travaux de Lister sur l’antisepsie ont conduit au concept contemporain de l’asepsie, à l’analyse bactériologique de l’inflammation et à la pathologie de la cicatrisation des plaies (infectiologie). Le milieu des années 1880, quant à lui, sera une suite d’innovations importantes dans le traitement des blessures, dans les techniques chirurgicales et dans la prévention des infections : l’asepsie[4] prend le dessus sur le concept d’antisepsie[5].

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte
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[1] Lister, J. (1867), « Antiseptic Principle in the Practice of Surgery », The British Medical Journal, Sept. 21, p. 246-248.

[2] Pennington, T.H. (1995), « Listerism, its Decline and its Persistence : the Introduction of aseptic surgical Techniques in three British Teaching Hospitals, 1890-99 », Medical History, p. 35-60 [36].

[3] Tait, L. (1890), « An Address on the Present Aspect of Antiseptic Surgery ― A Criticism on Sir Joseph Lister’s Address at the Berlin Medical Congress », British Medical Journal, Sept. 27, p. 729-733 [729].

[4] Asepsie : ensemble de pratiques empêchant la contamination d’une zone ou d’une surface par des micro-organismes qui, selon Pasteur, existent dans l’environnement, les poussières, l’air, le sol.

[5] Pennington, T.H. (1995), op. cit., , p 35.

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