La tuberculose sévit encore et toujours dans le monde

Épidémies et maladies infectieuses → Tuberculose


La tuberculose est une vieille maladie, très vieille maladie même, qui remonte jusqu’au néolithique[1][2]. Depuis la découverte en 1882, par Robert Koch de la mycobacterium tuberculosis, la tuberculose est depuis ce temps l’objet d’une attention toute particulière, car il a été démontré que les découvertes s’entraînent les unes les autres parce que les précédentes rendent nécessaires les suivantes.

Pour rappel, l’une des principales caractéristiques du bacille de la tuberculose, c’est qu’il dispose de la capacité à s’infiltrer dans un nodule et d’y rester dormant pendant plusieurs années. Lorsque le bacille s’active, il frappe durement, surtout les poumons, et la mort, si l’infection n’est pas adéquatement traitée, est généralement au rendez-vous. Selon l’OMS, la tuberculose est l’une des maladies dues à un agent infectieux unique les plus meurtrières au monde.

Voilà quatre constats qu’il est nécessaire de mettre en perspective pour la poursuite de la présente démonstration :

  • en 2013, 9 millions de personnes avaient développé la tuberculose et 1,5 million en sont mortes ;
  • plus de 95% des décès par tuberculose se sont produits dans les pays à revenu faible et intermédiaire ;
  • la tuberculose est l’une des cinq principales causes de décès chez les femmes âgées de 15 à 44 ans ;
  • en 2013, on estimait que 550 000 enfants étaient tombés malades de la tuberculose[3].

Face à ces constats posés par l’OMS, la technique a-t-elle obligation à changer la condition sociale de l’homme ? Pour Ellul, la technique a une absence de finalité, c’est-à-dire que les fins ne sont ni motrices ni déterminantes, mais de simples justifications ajoutées a posteriori par l’homme pour justifier l’utilisation de telle ou telle technique, alors que la technique elle-même se développe parce qu’elle se développe, parce qu’elle ne peut tolérer l’arrêt de la machine : il s’agit d’une progression causale.

Dans le cas de figure posé par l’OMS, il faut relever deux faits : la tuberculose sévit dans les pays à faible revenu ou intermédiaire ; ce sont surtout les femmes et les enfants qui sont atteints. D’un strict point de vue sociologique, il s’agit d’un cas classique : appartenir à une classe moins favorisée, être une femme ou un enfant. Notre position sur la question est la suivante : la technique est soit productrice d’inégalités sociales, soit elle les entretient. En fait, si la technique avait pour finalité de changer la condition sociale de l’homme, la tuberculose serait déjà éradiquée auprès des populations les plus vulnérables.

Certes, il est possible de dire que la technique n’a rien à voir avec cet état de fait et que ce sont plutôt le politique et la situation économique qui en sont responsables. Mais justement, la technique est le fait de sociétés qui ont la capacité financière et la volonté politique de développer des techniques. De plus, comme l’État est un organisme de puissance, il ne peut que soutenir le développement de techniques de plus en plus efficaces, de sorte que dans un pays moderne, ce sont les techniciens, à travers leurs techniques, qui décident des choix politiques au détriment des intérêts sociaux et économiques de la collectivité.

Et en ce sens, la diffusion d’une technique qui permettrait d’enrayer à l’échelle planétaire la tuberculose est bien le fait d’une inégalité sociale marquée entre pays riches et pays au revenu faible ou intermédiaire. Il est donc illusoire de penser qu’il serait possible d’orienter la technique dans tel ou tel sens pour des motifs moraux, c’est-à-dire non techniques, car la technique n’a pas pour vocation le jugement moral : elle progresse sans intervention décisive de l’homme, elle s’engendre elle-même et devient exclusivement causale, perdant ainsi toute finalité.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte
__________
[1] Herzog, B. H. (1998), « History of Tuberculosis », Respiration, vol. 65, n° 1, p. 5-15.

[2] Donoghue, H. D. (2009), « Human tuberculosis – an ancient disease, as elucidated by ancient microbial biomolecules », Microbes and Infection, vol. 11, n° 14, p. 1156-1162.

[3] OMS (2015), « Tuberculose », Aide-mémoire n° 104.

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