Un traitement contre la tuberculose

Épidémies et maladies infectieuses → Tuberculose


La petite histoire de la découverte d’un traitement contre la tuberculose est instructive à cet égard. En 1943, un fermier du New Jersey se rend compte que l’une de ses poules respire en émettant un faible sifflement. Constatant que ses autres poules ne présentent pas ce symptôme, et pour éviter d’infecter tout le cheptel, il s’empresse de conduire la poule infectée au laboratoire le plus près. Le diagnostic est sibyllin : une motte de terre s’était coincée dans la gorge du volatile. La chose aurait pu en rester là, mais le pathologiste du laboratoire expédie à Selman Waksman (1888-1973), le célèbre microbiologiste des microorganismes contenus dans le sol, l’échantillon de terre en question.

L’un des étudiants de Waskman, Albert Schatz (1922-2005), malgré lui, se retrouve finalement avec l’échantillon entre les mains. Il commence tout d’abord par cultiver une colonie d’actinomycètes[1] sur une plaque de gélose et obtient une culture de streptomyces griseus — une souche antibactérienne aux propriétés antibiotiques. Ironie du sort, 28 ans plus tôt, Waksman avait procédé à la même expérience et obtenu le même résultat, alors qu’il faisait ses études doctorales, mais n’y avait prêté aucune attention particulière. Les tests menés sur cette culture par Schatz révélèrent rapidement qu’elle n’était pas seulement active contre les staphylocoques, mais qu’elle était très efficace pour éradiquer des bactéries que même la pénicilline n’arrivait pas à éliminer — typhoïde, dysenterie bacillaire, peste bubonique, brucellose, tularémie.

De toute évidence, le streptomyces griseus agissait comme un puissant antibiotique. Sous la direction de Waksman, une doctorante, Doris Jones Ralston (1921-2011)[2], teste l’échantillon sur des embryons de poulet infectés par la salmonelle et confirme que ce nouvel antibiotique possède effectivement la capacité de contrecarrer cette bactérie. Waksman recevra, en 1952, le prix Nobel de médecine ou physiologie pour la découverte de la streptomycine.

Mais cette histoire est apocryphe, comme le souligne Albert Schatz (1922-2005), celui-là même qui fut au centre de la découverte : « La saga du poulet malade que Waksman a fabriquée n’était que le début de la fausse histoire de la découverte de la streptomycine[3]. » Comme le souligne Doris Jones Ralston : « Au fil des ans, l’histoire de la découverte de la streptomycine a été terriblement déformée. Je pense que… il serait pertinent si… le docteur Schatz racontait lui-même cette histoire. La streptomycine s’est avérée être un jalon majeur dans l’histoire des médicaments pour traiter la tuberculose et d’autres infections. Le rôle du Dr Schatz a été largement ignoré dans cette affaire[4]. »

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte
__________
[1] Les actinomycètes jouent un rôle important dans la décomposition des matières organiques contenues dans le sol.

[2] Marin Scope (2011), In Memory: Doris Irasimus Jones Ralston, September 3.

[3] Schatz, A. (1993), « The True Story of the Discovery of Streptomycin », Actinomycetes, vol. 4, n° 2. p. 27-39.

[4] Idem.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.