Urgence climatique, le fardeau de la preuve

Greta Thünberg a été très claire : « Soit nous choisissons de continuer en tant que civilisation, soit nous ne le faisons pas. » Son message a été à ce point efficace, sa protestation en solitaire en août 2018, devant le Parlement suédois à Stockholm, a tellement inspiré, que chaque vendredi est devenu jour de grève scolaire pour protester contre l’inaction des gouvernements dans la lutte aux changements climatiques.

En écho à sa prise de position, une autre onde de choc, au début octobre 2018, a frappé l’imaginaire collectif planétaire : le dernier rapport du GIEC exhorte désormais à des transformations sans précédent de la société pour limiter le réchauffement à 1,5 °C[1]. Depuis lors, des dizaines de milliers d’étudiants de villes d’Europe et d’aussi loin que l’Australie, l’Ouganda, le Mexique, le Canada et les États-Unis sèchent les cours du vendredi pour réclamer des objectifs plus ambitieux de réduction du carbone.

Et ces jeunes guerriers du climat sont déjà mobilisés. Au début du mois de mai 2019, au Québec, des étudiants ont réagi à la question posée par le ministère de l’Éducation à l’épreuve finale de français de 5e secondaire. Ils ont dénoncé la formulation de la question suivante : « Peut-on s’adapter aux changements climatiques ? ». Pour ces étudiants la question « laisse sous-entendre […] que le gouvernement a abandonné la lutte et qu’il considère plus important de s’adapter que de tenter de renverser la tendance[2]. »

Certains diront que cette réaction est tout fait saine et qu’elle montre à quel point les jeunes sont conscients de ce qui se trame en matière d’environnement et à quel point les gouvernements refusent d’envisager l’avenir de la planète. D’autres diront que cette réaction est la démonstration que les jeunes ont perdu tout jugement critique et qu’ils adhèrent aux thèses de l’écologisme en n’ayant qu’un seul point de vue sur le phénomène.

Le journaliste britannique Chris Bryant, pour sa part, se demande si on peut vraiment blâmer les jeunes de protester contre le réchauffement climatique alors que « les vagues de chaleur, les inondations, les feux de forêt mortels et les ouragans violents que nous avons connus dernièrement sont moins violents que ceux auxquels nos enfants seront confrontés. Le monde est sur la bonne voie pour se réchauffer de plus de 3 degrés d’ici 2100 et le réchauffement ne s’arrêtera pas miraculeusement[3]. » La cause est entendue et il semblerait même que dire aux générations montantes d’être patientes ou réalistes, comme le propose la sénatrice américaine Dianne Feinstein[4], ne suffise plus.

Avec l’avertissement des Nations Unies voulant que nous n’ayons que 12 ans devant nous pour régler la crise, les jeunes sont déterminés à agir. Ils en veulent à tous ces adultes qui tentent de contrecarrer leurs efforts en dénigrant les experts du climat et en se retirant de la coopération internationale. Le fardeau de la preuve est lourd à porter pour les générations précédentes.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2018-2020 / texte


[1]IPCC (2018), Special Report: Global Warming of 1.5 ºC, URL : https://bit.ly/2T7H0z0.

[2] Giguère, U. (2019 [1e juin]), Environnement Manon Massé à l’écoute des jeunes, La Presse, URL : https://www.lapresse.ca/actualites/politique/201906/01/01-5228438-environnement-manon-masse-a-lecoute-des-jeunes.php.

[3]Bryant, C. (2019 [15 mars]), Your Kids Are Absolutely Right to Go On Strike, Bloomberg Opinion, URL : https://bloom.bg/2TRkOO9.

[4]Natter, A. (2019 [22 février]), Feinstein Unveils Green Deal Alternative After Kid Confrontation, Bloomberg, URL : https://bloom.bg/2FeOuMU.


Écologisme, un discours enchanteur

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L’écologisme est une idéologie politique, c’est-à-dire un discours portant sur les faits et les valeurs et cherchant à obtenir le soutien des populations pour entériner tel ou tel choix collectif. L’écologiste, pour sa part, est celui qui adhère aux valeurs proposées par l’écologisme par une mise en pratique de comportements et attitudes destinés à sauver la planète, soit par une certaine forme de prosélytisme visant à convaincre ses semblables d’adhérer aux valeurs de l’écologisme, soit par son implication citoyenne dans la collectivité. 


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