Les maladies infectieuses de grande propagation sont inéluctables

Un regard sociologique sur les épidémies
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L’histoire de l’humanité est un chapelet de maladies infectieuses — il ne s’agit pas là d’une idéation, mais bien d’un constat. Les grandes maladies infectieuses du passé ne sont pas du tout éradiquées, elles sont justes contenues et contraintes. Il suffit qu’un pays ne dispose pas du système de santé approprié ou d’une économie robuste pour que ces maladies ressurgissent.

Par exemple, la tuberculose, une vieille maladie, très vieille maladie même, remonte jusqu’au néolithique. Depuis la découverte en 1882, par Robert Koch de la mycobacterium tuberculosis, ce n’est que vers la fin de la Seconde Guerre mondiale qu’un traitement a été trouvé — 60 ans entre la découverte du bacille et un traitement. Même avec un traitement contre la tuberculose, celle-ci n’est contrainte et contenue que dans les pays où les conditions le permettent :

  • en 2013, 9 millions de personnes avaient développé la tuberculose et 1,5 million en étaient mortes ;
  • plus de 95% des décès par tuberculose se sont produits dans les pays à revenu faible et intermédiaire ;
  • la tuberculose est l’une des cinq principales causes de décès chez les femmes âgées de 15 à 44 ans ;
  • en 2013, on estimait que 550 000 enfants étaient tombés malades de la tuberculose.

Autre exemple, la rougeole, encore-là une très vieille maladie, sous la pression des groupes de pression antivaccins, connait une résurgence dans des pays où il y a un système de santé publique efficace et une économie robuste. La propagation, en ce sens, n’est pas seulement une contamination strictement physiologique, mais aussi une contamination rendue possible par une certaine idéologie.

Le cas de la grippe espagnole, au début du XXe siècle, est intéressant à plus d’un égard. Elle a décimé d’importantes parts des populations à l’échelle de la planète, alors que l’économie n’était en rien mondialisée comme elle l’est aujourd’hui — il a suffi d’une seule personne contaminée qui se déplace d’un territoire infecté (Europe) vers un territoire non infecté (Amérique du Nord) pour en contaminer d’autres (contamination exponentielle).

La conquête de l’Amérique par les Européens est un cas de figure en la matière et démontre à quel point nous sommes sans défense face à un virus inconnu. À 500 ans de distance, cette logique s’applique toujours — virus du Nil (2001), méningite (2001-2002), SRAS en 2003-2004, grippe aviaire (2004-2005), C. difficile (2007), salmonellose et listériose (2008), H1N1 (2009), Ebola (2014), Zika (2016), COVID-19 (2020).

Par exemple, si, lors de la crise du SRAS, des investissements importants ont été faits dans la recherche fondamentale sur les coronavirus, une fois que ce dernier fut contraint, ces mêmes investissements furent retirés à l’avenant. Conséquemment, la recherche revenant à son niveau habituel, c’est-à-dire sous-financée, n’a pas permis de faire des avancées significatives dans le domaine, reculant d’autant la possibilité de mettre au point plus rapidement un quelconque vaccin.

Si le virus COVID-19 (SARS-CoV-2) occupe à ce point le devant de la scène et est en mesure de perturber à ce point l’activité humaine, ce ne sera pourtant pas le dernier. Toutefois, bien que la recherche progresse de plus en plus et qu’il sera éventuellement possible de contrôler et contraindre plus rapidement les virus, il n’en reste pas moins qu’ils seront toujours là. Une question intéressante à poser aux chercheurs est de savoir si la létalité des prochains virus sera plus virulente ou si elle équivaudra à ceux du passé, comme la peste bubonique et la grippe espagnole l’ont été à leurs époques respectives.

Il faut donc en conclure qu’aucun dirigeant politique ne peut affirmer qu’une épidémie ou une pandémie est un événement inattendu dont personne ne peut prévoir la survenue, car il est plus que prévisible qu’une contagion de grande ampleur est toujours susceptible de survenir ; les siècles précédents sont là pour en témoigner.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte


Épidémies et maladies infectieuses, leur gestion à travers les siècles

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Le parcours de protection de soi, depuis le Moyen-Âge jusqu’à aujourd’hui, se cale dans des finalités fort différentes en fonction des époques, des savoirs disponibles et des pratiques médicales en vigueur. Au XXIe siècle, la volonté est claire : il faut transcender le mal, le dépister, le traquer dans le gène, l’éviter de s’exprimer et de se manifester.


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