L’observation empirique en temps d’épidémie

Un regard sociologique sur les épidémies
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Les observations empiriques, depuis le VIe siècle jusqu’à aujourd’hui, ont permis de mettre en place trois méthodes pour contrer les maladies infectieuses : (i) mise en alarme des espaces, des comportements et des corps, (ii) mise aux normes des espaces, des comportements et des corps, (iii) mise à distance des dangers.

Du moment que l’on résume de l’information à partir d’une généalogie du savoir (remonter dans le passé pour cerner l’origine d’un phénomène sociologique à travers la littérature disponible), cette entreprise permet de mettre en lumière certains aspects qui passeraient autrement inaperçus, noyés qu’ils sont dans la masse des informations récoltées. Pour ce faire, à partir de la généalogie du savoir que j’ai déjà effectuée (incomplète pour le moment au début 2020), il est possible de dégager trois méthodes qui traversent le temps depuis le VIe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Ces méthodes, une fois répertoriées (il m’en reste encore à recenser), permettent de dégager une première hypothèse de travail, soit celle de l’horizon de la peur, c’est-à-dire que l’horizon de la peur en matière de santé individuelle et collective est le fait d’un processus hygiéniste par lequel l’individu et les institutions publiques cherchent, d’une part, à sécuriser les lieux (espaces), les comportements et les corps à incidence pathologique, et d’autre part, à normer, à surveiller, enregistrer, évaluer, traiter et contrôler le comportement des gens, leur corps, les objets et les événements dans le but de gouverner la santé des populations.

Ce processus hygiéniste, que je peux vraisemblablement déduire à partir de ces méthodes, serait fondé sur le rapport d’un fragile équilibre entre, d’une part, le niveau d’aversion naturelle de l’être humain envers la variabilité et l’incertitude, et d’autre part, le niveau d’inclination de l’être humain envers la stabilité et la certitude.

Ce rapport déterminerait ainsi un certain horizon de la peur. En découlerait par la suite un ensemble de valeurs structurées sous forme de discours hygiéniste en fonction de cet horizon de la peur. La finalité de ce discours correspondrait alors à la recherche d’une stabilité structurelle de la société sous un consensus hygiéniste fédérateur.

Les tableaux ci-dessous synthétisent l’ensemble des informations que j’ai pu colligées jusqu’à ce jour. Il est vraiment intéressant de constater à quel point il y a évolution des trois méthodes en fonction de l’avancement à la fois de savoirs médicaux et d’observations empiriques. De plus, on relèvera surtout le déplacement, au fil du temps, du collectif vers l’individuel qui culmine au XXIe siècle dans cette ultime identification de soi au corps.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte


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