Transhumanisme, le projet de devenir plus

Le corps posthumain

Citation : Fraser, P. (2019), « Transhumanisme, le fantasme de l’immortalité », Panoramas, repères et fragments, vol. 1 n° 3, Paris : Éditions V/F, p. 13.


Le projet transhumaniste c’est aussi l’homme, par sa volonté, qui exige de devenir plus, qui gère désormais sa propre évolution par technologies interposées. Comme le souligne si bien le philosophe français Michel Serres, « le corps perd ». Il perd d’anciennes facultés pour en gagner de nouvelles en les externalisant. La position bipède a fait perdre au corps la position quadrupède pour gagner la main, a fait perdre au corps la bouche comme objet de préhension pour faire de celle-ci un outil du langage. Par le truchement des biotechnologies et des technologies numériques, le corps continue à perdre et le cerveau perd également. Chaque nouvelle technologie numérique externalise d’autant certaines fonctions cognitives pour en gagner de nouvelles. Plus besoin de se souvenir de tout, il suffit d’interroger un moteur de recherche, laissant ainsi le cerveau libre pour établir de nouvelles relations jusque-là inexistantes entre les informations désormais accessibles ; c’est ce que l’on prétend. Le savoir de l’humanité est à la portée de tous, car il a été dématérialisé, délocalisé, détemporalisé.

Je propose donc au lecteur d’analyser comment s’est construit, élaboré et déployé l’un des mythes technoscientifiques les plus éclatants en dehors de celui de l’intelligence artificielle, celui du transhumanisme, c’est-à-dire tout ce courant de recherche scientifique qui considère que la mort est avant tout un problème de « conception » de la nature et comment il est possible d’y surseoir. Ce que je propose également au lecteur, c’est une aventure du corps, celle d’une histoire sans fin qui veut faire du corps autre chose que ce qu’il est. D’ailleurs, depuis fort longtemps, le corps a été le lieu de toutes les rencontres. Porteur d’une multitude d’identités sociales, il a aussi été une fascinante entreprise de normalisation et de transformation depuis l’Antiquité. Il importe donc d’explorer l’inscription sociale du corps à travers les époques pour mieux en comprendre ses attitudes, ses comportements, ses gestes, ses postures et les interventions à déployer sur celui-ci pour le régulariser et le normaliser, le rendre conforme à certaines attentes, surtout l’amener à un certain idéal de corporéité élaboré au cours des XVe et XVIe siècles, et décrypter pourquoi il est, depuis le tournant du second millénaire, cet objet qui doit à tout prix être réparé.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte


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Biotechnologies, bioinformatique, intelligence artificielle, nanotechnologies, neurotechnologies, sciences cognitives, plusieurs disciplines scientifiques sont convoquées pour repenser le corps, le transformer, le reconfigurer et le conduire aux portes d’une espérance de vie et de santé largement prolongée.  Pour le transhumanisme, la mort n’est pas un horizon indépassable. La mort est désormais considérée comme un problème d’ingénieur, autrement dit, réparer ce qui fonctionne mal et ce qui est défectueux.


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