Améliorer le corps, la nouvelle destination

Le corps posthumain

Citation : Fraser, P. (2019), « Transhumanisme, le fantasme de l’immortalité », Panoramas, repères et fragments, vol. 1 n° 3, Paris : Éditions V/F, p. 89-90.


L’autonomie de soi est une condition essentielle de l’ultime identification au corps et l’idéologie du gouvernement de soi (contenance de soi + gouvernance de soi) y a largement pourvu. Appuyée par des techniques de quantification de soi efficaces en toutes choses (pèse-personne, IMC, tensiomètre, cardiomètre, tests de dépistage, tests génétiques, imagerie médicale, etc.), le gouvernement de soi a été déployé à grande échelle tant au niveau de l’individu que des institutions. De là, les institutions ont mis en place un modèle de surveillance de soi dont la finalité est de normer l’ensemble de tous les corps afin d’assurer l’ordre social.

Cette surveillance de soi a été articulée autour de trois concepts clés grâce au développement d’un appareillage scientifique, technique et technologique important : (i) la protection de soi ou l’ensemble des dispositifs de prévoyance collective et de protection que les institutions (médecine, santé publique) accordent aux individus pour les aider à conserver la santé ; (ii) la prévention de soi ou l’ensemble des mesures à déployer afin d’éviter que sa propre condition globale (sanitaire, sociale, environnementale ou économique) ne se dégrade, ou qu’un accident, une épidémie ou une maladie ne survienne ; (iii) l’entretien de soi ou l’ensemble des pratiques quotidiennes permettant de conserver le corps en bon état tels le régime alimentaire, l’activité physique, l’hygiène personnelle, l’entretien des lieux.

Il est indéniable que, depuis le début du XXe siècle, les techniques, technologies et méthodes développées pour transformer le corps et les conditions de vie en général ont connu une croissance fulgurante. La convergence de technologies de pointe comme les nanotechnologies, les biotechnologies, la robotique, l’intelligence artificielle et les sciences cognitives ont placé le corps au centre d’un design et d’une reconfiguration tous azimuts. Toutes ces technologies rendent disponibles de tout nouveaux outils cognitifs pour nous permettre d’appréhender cette nouvelle réalité de la corporéité.

À l’intersection de l’intelligence artificielle qui s’apprête à fédérer sous son magistère l’ensemble de toutes les technologies existantes et en développement — biologie moléculaire ; biotechnologies ; nanotechnologies ; neurotechnologies ; technologies génétiques d’augmentation des capacités physiques et mentales ; technologies de contention des maladies, du vieillissement, des dérèglements de l’humeur, des maladies mentales —, un tout nouveau corps soustrait au long et lent processus de l’évolution naturelle est sur le point de connaître une toute nouvelle forme d’évolution, celle d’une évolution contrôlée par l’homme lui-même et ses technologies.

Tout ceci n’est pas banal, car si le génie génétique promet de reconfigurer le corps pour le libérer de tout ce qui peut le rendre malade ou le faire vieillir, et qu’il promet par ricochet de reconfigurer les générations futures, c’est qu’il met au rancart le processus évolutif naturel.

Conséquemment, c’est bel et bien du posthumain dont on parle ici, ni plus ni moins qu’une nouvelle espèce qui émerge, qui vivra plus longtemps, qui possédera des capacités physiques et intellectuelles grandement augmentées, qui sera en mesure de surseoir au vieillissement et aux maladies chroniques.

En cette ère posthumaine, les humains ne seront plus soumis aux diktats de la nature, bien au contraire, car ils seront ceux qui contrôlent la nature. C’est le type d’humain que proposent les transhumanistes.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte
© L’usine nouvelle, Photo entête


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Biotechnologies, bioinformatique, intelligence artificielle, nanotechnologies, neurotechnologies, sciences cognitives, plusieurs disciplines scientifiques sont convoquées pour repenser le corps, le transformer, le reconfigurer et le conduire aux portes d’une espérance de vie et de santé largement prolongée.  Pour le transhumanisme, la mort n’est pas un horizon indépassable. La mort est désormais considérée comme un problème d’ingénieur, autrement dit, réparer ce qui fonctionne mal et ce qui est défectueux.


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