Qu’est-ce qu’un comportement intelligent ?

Le cerveau reconfiguré

Citation : Fraser, P. (2019), « Intelligence artificielle, le fantasme de la conscience », Panoramas, repères et fragments, vol. 1 n° 2, Paris : Éditions V/F, p. 23-25.


L’intelligence artificielle est ce champ de recherche dédié à l’élaboration d’artefacts ayant la capacité de démontrer, dans un environnement contrôlé, dont les paramètres sont connus, et ce, sur une longue période de temps, des comportements que nous considérons comme intelligents, ou plus généralement, des comportements que nous attribuons à ce qui constitue le fait d’être conscient de son environnement et d’agir en fonction de celui-ci. On reconnaît généralement trois types d’intelligence artificielle :

Intelligence artificielle restreinte : réseau de neurones artificiels capable de réaliser une tâche en particulier tout en utilisant des techniques qui s’apparentent à un traitement intelligent de l’information.

Intelligence artificielle généraliste : réseau de neurones artificiels capable de réaliser l’ensemble des tâches qu’un être humain est en mesure de réaliser tout en utilisant des techniques qui s’apparentent à un traitement intelligent de l’information.

Superintelligence artificielle : réseau de neurones artificiels totalement conscient de sa propre existence et de son environnement, capable non seulement de réaliser l’ensemble des tâches qu’un être humain est en mesure de réaliser, mais aussi de surclasser ce dernier tout en utilisant des techniques qui s’apparentent à un traitement intelligent de l’information.

Il va sans dire que la définition de chacun des ces types d’intelligence artificielle soulève d’autres questions. Par exemple, en quoi consiste au juste un comportement intelligent ? Que veut dire le fait d’être conscient de son environnement ? Comment les êtres humains arrivent-ils à afficher des comportements intelligents ? Certes, la dernière question est d’ordre empirique et nous pensons que seules la psychologie et les sciences cognitives seront en mesure d’apporter une réponse à cette épineuse question. Toutefois, la question est plus que pertinente, ne serait-ce que par le fait que comprendre le fonctionnement de l’esprit aiderait grandement les chercheurs à développer des logiciels, des robots, des agents et des machines qui se comporteraient de façon similaire à un être humain.

L’autre question, qu’il est tout à fait légitime de poser, est bien celle de savoir en quoi consiste l’intelligence. Depuis les débuts, les chercheurs en intelligence artificielle se sont particulièrement penchés sur ce problème, et les réflexions qui en sont sorties ont alimenté les différents courants et les différentes approches que nous avons entrevues dans le précédent chapitre. En cette matière, il reste encore beaucoup à faire, malgré 2 500 ans de réflexion sur la chose depuis les philosophes de l’Antiquité.

L’ultime question : en quoi consiste au juste un comportement intelligent ? Le test de Turing fait partie de ces moyens de vérification. Faut-il ici rappeler que ce test est plus une évaluation intuitive qu’une évaluation fondée sur une observation mesurée de ce en quoi consiste un comportement intelligent. Et la raison est fort simple : comme il n’existe pas de consensus sur une définition de ce en quoi consiste un comportement intelligent, et comme il n’existe pas de grille évaluative permettant de mesurer le degré d’un comportement intelligent, il faut dès lors s’en remettre à l’intuition, autrement dit, à ce qui se réfère à ce que nous évaluons naturellement comme un comportement intelligent.

Le test de Turing pose un autre problème : est-ce que le seul fait d’afficher un comportement intelligent signale pour autant qu’il y a effectivement présence d’une intelligence autonome ? Ce qui conduit forcément à poser une autre question : comment un système, biologique ou non biologique, arrive-t-il à produire de l’intelligence ? Même si cette question semble relever de la philosophie, il n’en reste pas moins qu’elle mérite non seulement d’être posée, mais qu’elle mérite surtout de faire l’objet d’une sérieuse analyse. Certes, cet ouvrage n’est pas le lieu adéquat pour soutenir une telle discussion, mais il importe de s’en préoccuper et d’en discuter quelques aspects.

Si le Test de Turing (TT) débouche sur une évaluation subjective à propos d’un comportement intelligent, c’est peut-être parce que ce test fait appel à une intelligence incarnée (un humain) et à une intelligence non incarnée (un logiciel). En fait, pour certains chercheurs, l’intelligence doit avant tout être une condition incarnée, c’est-à-dire consciente du monde qui l’entoure et capable d’agir sur ce même monde. Partant de cette prémisse, un nouveau test de Turing a été élaboré, le Total Turing Test (TTT), qui consiste à placer un robot dans un environnement non contrôlé, de le laisser agir en fonction de ce même environnement, et d’évaluer si son comportement peut ou non être distingué de celui d’un être humain dans les mêmes conditions.

Donc, si le but de l’intelligence artificielle est de concevoir des artefacts capables de passer avec succès le TT et le TTT ou d’autres tests qui permettraient d’arriver aux mêmes conclusions, il devient dès lors possible de parler d’IA faible ou restreinte (weak AI), c’est-à-dire avoir la capacité de construire des machines qui agissent intelligemment, sans pour autant prendre position sur le fait de savoir si ces machines sont réellement intelligentes. Il s’agit là d’une différence sémantique importante.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020
© Photo entête, Gildshire Magazines


Accéder au dossier de recherche

Trois étapes doivent être réalisées pour émuler le fonctionnement d’un cerveau : (i) cartographier en haute résolution un cerveau jusqu’à un niveau submicronique ; (ii) simuler en temps réel, dans un ordinateur, l’activité électrochimique de tous les neurones et de l’ensemble de toutes les connexions du cerveau qui les relient entre eux ; (iii) interfacer la simulation avec un environnement externe dans un substrat non biologique. De là, Ray Kurzweil pense qu’il sera possible, vers 2050, de télécharger un cerveau dans un ordinateur.


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