La métaphore de l’esprit-machine, dogme ou hypothèse ?

Le cerveau reconfiguré

Citation : Fraser, P. (2019), « Intelligence artificielle, le fantasme de la conscience », Panoramas, repères et fragments, vol. 1 n° 2, Paris : Éditions V/F, p. 63-64.


S’il y a une chose dont nous sommes tous conscients, c’est que la technologie semble souvent dépasser la fiction. Mieux encore, la technologie possède cette étonnante capacité à même absorber la réalité sociale. Il faut maintenant examiner et comprendre en quoi consiste exactement un ordinateur et en quoi consiste exactement le grand projet de recherche en intelligence artificielle, afin de bien saisir la portée des changements sociaux et technologiques qui nous attendent.

La plupart de ceux qui croient que l’esprit humain peut être reproduit à l’identique dans un ordinateur, nous l’avons vu, ont tendance à expliquer l’esprit en termes informatiques ; la chose est quasi tautologique et rares sont ceux qui en prennent vraiment conscience. Lorsque les chercheurs en intelligence artificielle théorisent à propos de l’esprit, ils s’appuient la plupart du temps sur des concepts essentiellement computationnels. Ils ont alors tendance à décrire l’esprit et le cerveau comme si ces derniers étaient ni plus ni moins que le logiciel et le matériel de la pensée, comme si l’esprit était le résultat d’un algorithme, le cerveau un substrat, les sens des intrants, les comportements des extrants, les neurones des unités de traitement, et les synapses des portes logiques booléennes. Nous sommes donc ici en plein dans la théorie des systèmes où la triade entrée-traitement-sortie prend toute sa mesure.

De plus, ceux qui utilisent cette analogie justifient leurs présomptions computationnelles en se fondant sur le fonctionnement intrinsèque des ordinateurs, tout en abusant des termes qui ont pourtant des définitions claires et bien établies dans le domaine de l’informatique. En fait, si ces termes sont si bien établis, c’est non seulement parce qu’ils sont bien compris, mais parce qu’ils sont avant tout des produits de l’ingénierie humaine. Autrement dit, l’abus, ici, se trouve dans la transposition d’une réalité, celle de l’informatique, dans une autre réalité, celle de la biologie.

Cette façon de faire révèle à la fois beaucoup de choses sur l’histoire et l’état actuel de la recherche en intelligence artificielle, tout comme elle met en lumière les aspirations de certains chercheurs qui font actuellement les manchettes dans les médias, tout en étant parfois à l’emploi des plus grandes sociétés de la Silicon Valley.

Au-delà de ce jugement sommaire, ce que cette façon de faire met clairement en évidence, c’est que la métaphore de l’esprit-machine est quasi devenue un dogme plutôt qu’une discipline. Et c’est cet argument qui est au cœur du propos de cet essai.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020
© Photo entête, Military & Aerospace Electronics


Accéder au dossier de recherche

Trois étapes doivent être réalisées pour émuler le fonctionnement d’un cerveau : (i) cartographier en haute résolution un cerveau jusqu’à un niveau submicronique ; (ii) simuler en temps réel, dans un ordinateur, l’activité électrochimique de tous les neurones et de l’ensemble de toutes les connexions du cerveau qui les relient entre eux ; (iii) interfacer la simulation avec un environnement externe dans un substrat non biologique. De là, Ray Kurzweil pense qu’il sera possible, vers 2050, de télécharger un cerveau dans un ordinateur.


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