L’esthétisme et la photographie sociologique

La sociologie photographique n’est pas chose facile. Être à l’affut d’une situation sociale contrastée où les différences de classes sociales se manifestent est déjà un défi, et prétendre à l’esthétisme photographique dans un tel cas relève presque de la pensée magique. Est-il pour autant possible d’y parvenir ?

La photo ci-dessus, de mon collègue Denis Harvey (photographe), a plusieurs choses à nous apprendre. Pour ceux qui connaissent les travaux du photographe Peter H. Emerson (1856-1936) et particulièrement son célèbre Pictures of East Anglian Life (1888), cette photo reprend plusieurs des éléments de la composition photographique d’Emerson où la sobriété prime avant toutes choses. Emerson avait pour idée que la photographie devait être une représentation fidèle de ce que l’œil voit. Suivant les théories optiques du XIXe siècle, il est parvenu a réaliser des photographies du point de vue de que l’œil perçoit, c’est-à-dire avec une zone de netteté. Pour Emerson la photographie était un art et non une reproduction mécanique de ce qui est vu. Et c’est là où les photos de Denis Harvey ont quelque chose à nous apprendre sur le plan de la photographie sociologique, c’est-à-dire, dans la balance de la composition photographique et dans ce qu’elle doit retourner comme impression.

Certes, photographier le social, photographier l’intangible en quelque sorte, n’est pas comme installer sa caméra sur un trépied et prendre tout le temps voulu pour réaliser une composition photographique parfaite. Toutefois, cela ne veut pas dire de ne pas s’inspirer des techniques propres à l’esthétisme photographique.

Tout d’abord, connaître son sujet est fondamental. Si je veux rendre compte, par exemple, de l’embourgeoisement d’un quartier, encore faut-il que je connaisse bien ce quartier, visuellement parlant, c’est-à-dire passer des heures dans ce quartier pour bien le connaître. Une fois le quartier bien perçu, il devient alors possible d’installer sa caméra sur un trépied dans un endroit bien précis et de réaliser une photographie à caractère sociologique qui aura une dimension esthétique. On peut également y parvenir caméra à la main, Henri Cartier-Bresson l’a prouvé à plusieurs reprises.

Comme je l’ai parfois souligné à mon collègue Denis Harvey, il est un sociologue qui s’ignore, et j’ai pour preuve sa photographie ci-dessous qui représente on ne peut mieux la notion de repère visuel, c’est-à-dire qu’un repère visuel est constitué d’un ensemble de caractéristiques visuelles qui le différencie de tous les autres repères visuels.

© Photographies, Denis Harvey
© Texte, Pierre Fraser, 2020

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.