«Les femmes ont un vagin» ou la formule parfaite pour être réformée

© Photo de l’entête, Lisa Keogh

L’affaire commence en mai 2021 à l’Université Abertay de Dundee (Écosse). Lisa Keogh, 29 ans, étudiante en droit, déclare, lors d’un débat dans le cadre de l’un de ses cours, que les femmes ont un vagin et qu’elles ne sont pas aussi fortes physiquement que les hommes : « J’ai pris part à un débat et j’ai exposé mes opinions sincères quant à la participation d’une femme transgenre à des combats d’arts martiaux mixtes. […] J’ai fait valoir que cette femme a eu, pendant plus de 32 ans, de la testostérone dans son corps et que, en tant que telle, elle serait génétiquement plus forte que la femme moyenne ». Mal lui en prit, car elle fut accusée d’avoir dit que les femmes étaient le « sexe faible » et que ses camarades de classe étaient des « féministes détestant les hommes », sans compter que l’une de ses camarades de classe a particulièrement suggéré que tous les hommes étaient des violeurs et représentaient un danger pour les femmes.

La porte-parole de l’université, pour sa part, a déclaré : « Mme Keogh est soumise à une procédure disciplinaire dont la sanction ultime est l’expulsion, pour avoir énoncé des opinions fondées sur des faits biologiques et s’être opposée à des déclarations à l’emporte-pièce telles que « tous les hommes sont des violeurs » ». Pour rappel, la définition de l’université de la mauvaise conduite inclut « l’utilisation d’un langage offensant » ou « la discrimination contre le changement de sexe ».

Alors, si je comprends bien, il n’est pas possible, à l’Université Abertay, d’énoncer une opinion à propos d’un fait biologique. Donc, si je dis qu’un homme a un pénis et une femme un vagin, je serai susceptible de mauvaise conduite pour la simple raison d’avoir énoncé ce fait. Pourtant, un fait, à ce que je sache, est non seulement quelque chose de factuel, mais empiriquement observable. Si je dis, « As-tu vu la tortue qui vient de pondre ses œufs dans le sable ? », il me semble que je traduis dans le langage une observation empirique, non ?

Toutefois, si je dis que cet être humain ou celui-ci a un pénis ou un vagin, suis-je en train de relater un fait observable ? Il me semble que oui. Toutefois, selon les règlements de l’Université d’Abertay, je ne dois pas utiliser le mot « homme » ou le mot « femme » pour dire qu’un quelconque être humain possède un pénis ou un vagin, car la chose serait discriminatoire et offensante. Si c’est le cas, puis-je utiliser les mots « mâle » ou « femelle » pour désigner respectivement l’être humain qui dispose d’un pénis ou d’un vagin ? La chose est peut-être impossible, car je pourrais être accusé de misogynie, pire encore, de spécisme, car en utilisant de tels termes je renverrais bêtement l’animal à sa simple fonction de reproduction biologique. Sait-on jamais, il y a peut-être des jours où mon hamster mâle se sent femelle et vice-versa.

Il y a 500 ans de cela, un certain dénommé Galilée a marmonné « E pur si muove ! » (Et pourtant, elle tourne !) en parlant de la Terre qui tourne autour du soleil après avoir été forcé devant l’Inquisition d’abjurer sa théorie (vérifiée depuis lors) que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil, doctrine qui était alors considérée comme hérétique par l’Église Catholique.

De nos jours, l’Inquisition néoprogressiste demande d’abjurer les faits biologiques. Avoir un pénis n’est pas forcément l’apanage de l’homme et le vagin n’est pas forcément l’apanage de la femme. Baigner dans la testostérone pendant plus de trente ans ne fait pas de vous un homme, tout comme baigner pendant plus de trente ans dans la progestérone et l’œstrogène ne fera pas de vous une femme, mais fera bien de vous un être humain possédant certaines caractéristiques biologiques qu’il vous suffira d’interpréter comme bon vous semble en fonction de votre sensibilité du moment — précision, selon le DSM, il y a des gens qui souffrent réellement d’une dysphorie du genre ou « souffrance cliniquement significative », alors que les militants trans et les chercheurs liés à l’OMS pensent plutôt qu’il faut « penser du côté de la santé » et non plus « du côté de la maladie1 ».

Quand on considère les choses sous cet angle, le corps n’est désormais plus qu’un matériau qu’il est possible de reconfigurer à volonté. En ce sens, à mon avis2, et cet avis n’engage que moi-même, les transgenres sont la figure de proue du transhumanisme. De là, la grande hérésie de notre temps se traduit désormais par l’idée que la nature biologique du corps est un déterminisme. À l’inverse, ce qui va dans le sens du credo néoprogressiste, c’est de dire que la nature biologique est un canevas et une cire vierge à partir desquels il est possible de reconfigurer à volonté ce que des millions d’années d’évolution ont donné.

En terminant, si on se ramène au premier paragraphe de ce texte, parce que je suis homme, je serais forcément un violeur. Comme le souligne la porte-parole de l’Université d’Abertay, Lisa Keogh s’est opposée à des déclarations à l’emporte-pièce telles que « tous les hommes sont des violeurs ». Donc, encore là, si je comprends bien, il ne faut pas s’opposer à une telle affirmation même si elle est totalement fausse ? Se pourrait-il que certaines directions d’universités aient besoin d’un cours concernant leur mission fondamentale, à savoir enseigner le jugement critique et non l’adhésion à une idéologie ?

© Pierre Fraser, sociologue, 2021.

  1. [ source] « Il semble qu’il faille retenir une chose : la volonté de quelques militants et de chercheurs liés à l’OMS de « penser du côté de la santé » et non plus « du côté de la maladie ». Dans cette perspective la santé ne se réduit pas à l’absence de maladie et la demande de « bien-être » ne peut se limiter à celle des personnes « malades » . On notera sur ce point le dépassement d’une crainte : une classification qui prend en compte la notion de « santé » n’est pas forcément une classification pathologisante. Encore faut-il la penser en des termes qui permettent un « accompagnement » sans « stigmatisation », c’est-à-dire éviter toute « maltraitance théorique », ces mots qui blessent, susceptibles, suivant Françoise Sironi (2011), de conduire à une « maltraitance clinique » ».
  2. L’avis ne peut jamais être humble.

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