Canada ou Wokanada, des termes interchangeables

Extrait tiré de l’essai « Le pape François sabote son Église » de la série Chroniques du Bas-Empire

Le Canada, englué dans un multiculturalisme affirmé, adossé à un culte de l’apologie envers son passé « douteux », champion de la victimisation, ne peut définitivement prétendre à quoi que ce soit en tant que civilisation forte, mais peut sûrement prétendre à être la figure de proue de la déconstruction de l’Occident, s’affichant comme le summum de l’humanisme et de la compassion humaine, contribuant d’autant au déclin de la civilisation occidentale. On parlera donc ici de post-nationalisme où l’identité nationale est en perte de vitesse au profit d’entités plus vastes et plus socialement englobantes ; un genre d’épiphanie sociale fondée sur une quelconque empathie universelle d’ouverture que tous devraient mettre en pratique. En 1970, dans sa volonté de faire du Canada un pays multiculturel, le premier ministre Pierre-Elliot Trudeau dira ouvertement et sans ambages :

« Les dés sont jetés au Canada : il existe deux grands groupes ethniques et linguistiques ; chacun est trop fort et trop profondément enraciné dans le passé, trop lié à une culture-mère, pour pouvoir absorber l’autre. Mais si ces deux groupes collaborent au sein d’un État véritablement pluraliste, le Canada pourrait devenir l’exemple envié d’une forme de fédéralisme qui appartient au monde de demain. Mieux que le melting-pot américain, le Canada pourrait offrir un exemple à tous ces nouveaux États asiatiques et africains… qui doivent découvrir comment gouverner leurs populations polyethniques dans le respect de la justice et de la liberté. Quelle meilleure raison pour résister à l’attrait de l’annexion aux États-Unis ? Le fédéralisme canadien est une expérience de grande envergure ; il pourrait même devenir un ‘outil génial’ pour l’élaboration de la civilisation de demain[1]. »

Étrangement, personne ne s’est jamais vraiment rendu compte que le projet multiculturaliste de Pierre Elliott Trudeau n’avait jamais été soumis à un référendum ni n’avait jamais vraiment fait l’objet de débats. Dans une démarche tout à fait antidémocratique, sans consulter le peuple, Trudeau a non seulement réussi à récuser l’histoire des deux peuples fondateurs, mais a réussi un genre de coup d’État sans violence aucune en offrant aux Canadiens une vision « passionnante » de leur avenir. Mieux encore, il les a convaincus de se lancer dans une grande expérimentation politique et sociale de la même ampleur que l’expérience américaine tournée vers la démocratie libérale.

Dans cette expérimentation sociale de grande envergure que Pierre Elliott Trudeau qualifie d’« outil génial », l’objectif clairement avoué a été de tester et d’affiner sur le terrain une théorie concernant la manière de surmonter les conflits nationaux ou ethniques[2]. Il est presque choquant de le dire, mais Pierre Elliott Trudeau a été visionnaire : il a voulu contribuer à « l’élaboration de la civilisation de demain » et il y est presque parvenu, car le Québec résiste encore et toujours au multiculturalisme.

Le Canada anglais s’est ainsi wokifié, est devenu le Wokanada[3] où tout ce qui représente de près ou de loin la moindre forme d’affirmation nationale est forcément perçue comme un affront à la marche victorieuse de l’humanisme version formule canadienne.

© Pierre Fraser, sociologue, 2021


Références

[1] Trudeau, P. E. (1970), « New Treason of the Intellectuals », Federalism and the French Canadians, p. 178.

[2] Tierney, S. (2007), Multiculturalism and the Canadian Constitution, Law and Societies Series, Vancouver & Toronto : UBC Press, p. 35.

[3] Néologisme forgé par le sociologue Mathieu Bock-Côté.

Canada | Europe | UK | USA

On ne surprendra pas de voir aujourd’hui le pape François engagé dans un vaste chantier œcuménique invitant les nations à ouvrir toutes grandes leurs frontières à des gens d’autres cultures religieuses et, aux unions civiles et aux mariages homosexuels. Pour sa part, le Canada, englué dans un multiculturalisme affirmé, ne peut définitivement prétendre à quoi que ce soit en tant que civilisation forte, mais peut sûrement prétendre à être la figure de proue de la déconstruction de l’Occident, s’affichant comme le summum de l’humanisme et de la compassion humaine. Autrement, le chef de l’État français, Emmanuel Macron, giflé par Damien Tarel, un citoyen parmi tant d’autres, n’est pas, comme certains voudraient le laisser croire, un événement qui traduirait l’irrespect caractéristique de notre époque : il est plutôt l’époque. De là, de quoi est-ce que la gifle servie à Emmanuel Macron est-elle le symptôme ? Le mépris et la haine ?

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