PIERRE FRASER
Titulaire d’une maîtrise en linguistique et d’un doctorat en sociologie, je scrute les dérives de la modernité à travers le prisme de la sociologie critique. Loin des discours lisses et militants, je pose un diagnostic brut, lucide et teinté d’ironie sur les mécanismes d’aliénation et de contrôle qui traversent l’ensemble de nos sociétés connectées.
L’INFOLETTRE
Les abonnés à l’infolettre recevront, de temps à autre, soit un passage de l’un de mes livres, soit une analyse totalement inédite.
Publication récente

Belgique | Brasil | Canada | España | France | Italia | México | Portugal | Québec | Sudamérica | US | UK
En octobre 1962, le monde retenait son souffle face aux missiles nucléaires soviétiques installés à Cuba, figé dans l’attente d’une apocalypse thermonucléaire immédiate. Cette angoisse historique avait un visage, des acteurs identifiables et une temporalité resserrée à l’extrême où chaque minute rapprochait l’humanité du gouffre. À l’inverse, l’écoanxiété contemporaine opère un basculement radical de cette grammaire de la peur. Elle ne fige pas le quidam devant son poste de radio dans l’attente d’un Armageddon en direct, mais s’insinue comme un poison lent, une détresse diffuse et structurellement différée dans le temps.
Ce n’est plus la peur du flash nucléaire qui inquiète, mais bien l’usure de voir le thermomètre grimper degré par degré jusqu’en 2075. Le dérèglement climatique a transformé l’avenir en une menace abstraite, mais inéluctable, comme une perte existentielle d’ancrage. Cet essai plonge dans les rouages de cette transition psychologique majeure, décortiquant comment l’humanité est passée de la panique face au bouton rouge nucléaire à la lente agonie de la lucidité face au naufrage de la biosphère.
Le système ADNLinguistique, que j’ai conçu entre 1985 et 1995, est un modèle d’IA connexionniste fondé sur la sémantique générative de Chomsky et largement expliqué dans mon mémoire de maîtrise. Mon affrontement conceptuel avec le linguiste Pierre Isabelle à ce sujet, au cours de la décennie 1990, ne fut pas une simple divergence technique de traductologie, mais bien une rupture épistémologique brutale qui se solda, pour ma part, par une forme d’excommunication intellectuelle. Son concept de bi-textualité, ce dispositif plaçant en miroir le texte source et ses dérivés traduits dans une horizontalité forcée, m’apparaissait alors comme une réduction mécanique de la profondeur sémantique au profit d’une symétrie illusoire. Isabelle y voyait l’alpha et l’oméga de l’alignement, une structure rigide où le sens devait se refléter sans reste, comme si la langue n’était qu’un code de correspondance et non un champ de forces sociales. Ma résistance à cette vision d’un texte-parallèle, devenu simple objet de laboratoire pour l’analyse automatique, heurta de plein fouet l’orthodoxie naissante d’une discipline cherchant sa légitimité dans la froideur de l’outil informatique. On ne conteste pas impunément le dogme de l’alignement textuel sans subir le retour de bâton de ceux qui érigent la méthode en loi d’airain. Cette condamnation, loin d’être un échec, a pourtant signé la reconnaissance d’une fracture nécessaire entre une linguistique de la surface et une sociolinguistique de l’épaisseur historique.
Publications

Sous ses dehors de foire médiatique, YouTube incarne un paradoxe sociologique majeur : c’est le lieu où cohabitent la plus formidable entreprise de démocratisation du savoir et la plus redoutable machine à broyer l’attention humaine. D’un côté, la plateforme offre un accès inédit à la culture, aux sciences et à la transmission des savoir-faire, brisant les monopoles académiques traditionnels. De l’autre, son algorithme orchestre un nivellement par le bas, piégeant l’esprit critique entre deux réclames intrusives et le spectacle permanent de la futilité.
Ce premier essai de la série du Petit traité de survie en temps de catastrophe explore cette ambivalence fondamentale sans complaisance ni technophobie primaire. Par une analyse brute et lucide, l’ouvrage décortique comment cette lucarne universelle balance constamment entre l’émancipation intellectuelle et l’aliénation numérique. Le sociologue Pierre Fraser présente ici un diagnostic froid, indispensable pour apprendre à naviguer dans ce chaos informationnel sans y perdre son autonomie.
En cours de rédaction

SORTIE PRÉVUE ENTRE LE 15 ET LE 20 SEPTEMBRE
Pour le transhumanisme, la mort n’est pas un horizon indépassable, car il serait possible de l’outrepasser ou d’en ralentir d’autant sa survenue en ralentissant de façon importante le vieillissement. Ainsi, la mort n’est plus du tout considérée comme un problème d’ordre philosophique, spirituel ou religieux, mais bien comme un problème d’ingénieur, autrement dit, réparer ce qui fonctionne mal et ce qui est défectueux. Avec cet esssai, l’auteur propose au lecteur d’analyser comment s’est construit, élaboré et déployé l’un des mythes technoscientifiques les plus éclatants en dehors de celui de l’intelligence artificielle, celui du transhumanisme, c’est-à-dire tout ce courant de recherche scientifique qui considère que la mort est avant tout un problème de « conception » de la nature et comment il est possible d’y surseoir. Ce que l’auteur propose également au lecteur, c’est une aventure du corps, celle d’une histoire sans fin qui veut faire du corps autre chose que ce qu’il est. Le progrès est un train lancé à toutes vapeurs et rien ne saura l’arrêter, et encore moins le progrès que nous concoctent les transhumanistes. L’immortalité frappera bientôt à nos portes. La question n’est pas de savoir quand, mais de savoir que la chose relève du domaine du possible, mais pas nécessairement — l’idée de contingence.
